Robert Grossmann vient de publier sur son blog, une tribune au vitriol contre le manque de vision du maire de Strasbourg. On ne peut pas lui donner tort.

Les projets immobiliers poussent comme des champignons, et la concertation n’en a que le nom. Il y a un réel malaise dans la ville et à la Robertsau particulièrement. L’ancien maire délégué, et président de de la CUS, du haut de son Aventin, signe une tribune comme lui seul sait les faire et ça appuie là où ça fait mal.

Finalement, est-il la seule voix d’opposition à Strasbourg ? 

« Les péripéties de l’élection présidentielle ne doivent pas occulter le destin de Strasbourg. Or nous arrivons à la mi-mandat du maire Roland Ries qui ne se présentera plus dans trois ans. On ne sait pas comment il compte parcourir les trois années qui lui restent, nul doute qu’il évitera de mettre son levier de vitesse au point mort – roue libre.

En revanche ce que nous voyons, ce sont quelques éléments de son bilan à mi-mandat.

On ne s’attachera pas ici à sa conception de la concertation : causez toujours, je ferai quand même ce que j’ai envie de faire.

On se contentera d’évoquer la partie visible de l’iceberg, l’urbanisation de la ville.

Quelle vision stratégique ?

Le maire d’une grande ville doit être stratège, doté d’une vision d’avenir pour sa ville dont l’urbanisme est le grand marqueur.

Quelle est aujourd’hui cette vision stratégique lorsqu’on constate que le tout béton, au petit bonheur la chance, en est la ligne de force, lorsque l’on s’aperçoit que quasiment tous les projets de construction de la ville sont confiés à la promotion immobilière ?

Quelques exemples.

• Les immeubles qui enlaidissent la route du Rhin sont une désolation, copie presque conforme de l’urbanisation galopante des années 60, que les années 2000 se sont empressées de détruire comme au Neuhof Cité ou à la Canardière. Imposantes barres concentration de logements !

• Les tours de l’espace Danube, intitulées en langue du pays, Black Swans (oiseaux de malheur ?), constituent le résultat d’un concours de paranoïa. Le maire voulait marquer son empreinte avec des immeubles de plus de 100 mètres de haut. Il a dû réduire ses ambitions à cinquante mètres. La densité est tout aussi étouffante.

• Une tour, encore, est prévue près du cimetière Saint-Urbain pour dominer les tombes.

• Le jardin des Deux-Rives destiné initialement à un immeuble collectif et à quelques maisons individuelles mitoyennes, s’est vu doté exclusivement de barres imposantes, sept étages.

• Le futur parc des expositions projeté, finalisé, au côté du Zénith, a été annulé et prévu au Tivoli où la densification urbanistique créera un risque de thrombose…

• L’ambition européenne de Strasbourg s’est incarnée dans une villa inopérante, désertée la plupart du temps, baptisée à la hâte « Lieu d’Europe ». Elle se situe à des centaines de mètres du Parlement Européen, alors que c’est à ses côtés, sur l’emplacement de l’ancienne foire, que ce « lieu » aurait eu tout son sens.

• L’ancienne douane si naturellement destinée à accueillir la culture s’est vue transformée en supérette épicière.

Dénaturer la Robertsau

• Sur les terrains de l’ancienne papeterie, des tours de cinquante mètres de haut et quelque 220 logements sont projetés.

• L’entrée du quartier devrait être surbâtie à l’endroit où prend naissance le jardin artistique et participatif d’Apollonia. « Il faut un marqueur socialiste » à l’entrée de la Robertsau, assène l’adjointe du quartier.

• Enfin, le cœur du quartier subira la destruction du Foyer Saint-Louis et l’érection de quelque 40 appartements. Cet espace central sera définitivement hypothéqué alors qu’on aurait aimé y voir un lieu de convivialité. Le corollaire en est aussi la bétonisation du « jardin du curé » à côté de l’église.

• Cerise sur ce gâteau indigeste, la monstrueuse forteresse du consulat de Turquie, cinq fois plus imposant que ceux des États-Unis, de la Russie ou de l’Allemagne par exemple.

Voilà une bâtisse immense, d’une banalité affligeante et d’une tristesse inquiétante qui domine et défie les paysages environnants dont l’Orangerie. Comment le maire a-t-il pu accorder un tel permis de construire ?

Chaque parcelle libre est ainsi offerte à la promotion immobilière.

Et voilà que l’on apprend que l’historique hôtel de la Poste, immeuble remarquable de la Neustadt, sera lui aussi livré aux promoteurs alors que ce bâtiment situé au côté des universités serait idéal pour un projet d’intérêt public.

Politique au fil de l’eau

L’urbanisme écolo-socialiste à Strasbourg suit une ligne que l’on discerne maintenant de manière claire, celle des projets au fil de l’eau. Comme il n’y a pas de vision globale, les promoteurs proposent, le maire avalise.

Strasbourg était réputée pour sa qualité de vie, ses espaces verts, son cadre aéré. Une ville où il faisait bon vivre.

Qu’en restera-t-il après cet ouragan immobilier ?

Certes tout n’est pas à jeter et le maire a fait aménager la place du château, la place Saint-Thomas, la place Saint-Maurice, la place du marché à Neudorf, le Heyritz.

Mais le maire refuse d’aménager le cœur de la Robertsau. Allez comprendre ! »

Robert Grossmann

http://www.robert-grossmann.com/blognotes/

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Appel de Robert Grossmann à ne pas commettre l… par

 

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