Le débat sur la bétonisation de Strasbourg et particulièrement de la Robertsau fait couler beaucoup d’encre. Et c’est tant mieux. 

Oui, car l’essence d’une démocratie, c’est d’avoir des débats d’idées. Nul ne peut prétendre avoir la vérité révélée. C’est pourtant ce que laisse entendre le maire qui n’arrive plus à s’en sortir de ses propres contradictions entre l’affichage de la « démocratie locale » et son armée de bétonneuses qui envahissent Strasbourg. (Nous reviendrons sur la nouvelle charte express de l’adjointe Cutajar). En attendant, le conseiller municipal Thierry Roos publie une tribune qu’il cosigne avec… Yves Le Tallec (étonnant quand on sait que le conseiller départemental soutient la bétonisation du cœur de la Robertsau).

L’identité des Strasbourgeois – Tous égaux, tous différents

Macron, Hamon, Fillon,… Parce que dans cette campagne électorale tout ce qui se termine en –on fait parler de lui, n’oublions pas à Strasbourg les élus du bét-on.

Dans la tribune « La Ville en débat » du 31 mars dernier, les adjoints au Maire de Strasbourg se lançaient dans le catalogue de leurs réalisations urbanistiques. Ce besoin d’autojustification sur le mode défensif révèle une évidente incohérence de la politique menée par cette équipe, après dix ans d’exercice.

Pour une population plutôt stable depuis 2008, la densité de population à Strasbourg est particulièrement faible, avec 3 500 habitants au km2. Paris intra-muros dépasse la barre des 21 000 habitants au km2. Montpellier, ville comparable à Strasbourg, atteint 5 000 habitants au km2. Les 275 000 Strasbourgeois résident ainsi sur le territoire de manière émiettée, loin du centre-ville. Autant de personnes qui se rendent sur leur lieu de travail depuis la périphérie, pour toujours plus de pollution. Autant de raisons de réfléchir à une densification de la ville, plutôt qu’à son expansion.

Il est plus simple de distribuer les permis de construire à tout bout de champ

Densifier ne veut pas nécessairement dire construire de nouveaux bâtiments en centre-ville et renoncer à y intégrer de la verdure. Au contraire, nous demandons un programme ambitieux de réhabilitation des plus de 9 000 logements vacants du centre-ville, dont 3 000 sont à rénover d’urgence. Sans accélérer le rythme actuel de 100 rénovations par an, il faudrait au moins 30 ans pour récupérer ces logements. Les Strasbourgeois auront-ils cette patience ? Bien sûr, il est plus simple de distribuer les permis de construire aux partenaires fonciers qui étendent la ville à tout bout « de champ » …

Au moment où de nombreuses friches industrielles voient le jour du côté du Port du Rhin et ne demandent qu’à être réhabilitées, la municipalité creuse en effet toujours plus loin dans les limites vertes de la première couronne, à plus de 5 kilomètres de la Place Kléber. Qui aurait pu penser que le projet de la Ville serait un jour celui d’engorger ces petites routes de campagne, en bétonnant de projets immobiliers ce qui devrait rester une zone de contact entre ville et forêts ?

Attaque de l’ADN de la Robertsau

L’exécutif municipal s’attaque à l’ADN maraîcher de la Robertsau, par toute une série de signaux négatifs. C’est, tout d’abord, la construction des trois tours « Lana » dans une zone pavillonnaire. Trois fois 55 mètres qui nous ramènent en 1970. C’est ensuite ce projet d’immeubles, à l’entrée de la rue Boecklin, en lieu et place du symbolique jardin d’Apollonia. C’est encore l’acharnement controversé contre le Foyer Saint Louis, ou la construction du Consulat de Turquie plongeant sur le Pavillon Joséphine depuis la zone du glacis, que le maire Jacques Peirotes avait pourtant souhaité sanctuariser pour l’oxygénation des Strasbourgeois. C’est aussi, le projet d’éco-quartier en bordure du Port au Pétrole, zone classée Seveso 7 en raison du fort risque d’aléa technologique sur le site.

C’est enfin la déclaration du 31 mars, qui voudrait faire de la Robertsau un quartier « comme les autres » : un quartier qui devrait rentrer dans le rang. L’idéologie socialiste voudrait appliquer sans distinction une politique unique et uniforme à des quartiers multiples et différents. Elle ignore que l’avenir ne se construit qu’à la lumière de l’Histoire.

Au lieu de densifier la ville dans ses logements existants, le Maire préfère l’étendre, sacrifiant le poumon vert de Strasbourg et laissant près de 9 000 logements vacants en centre-ville. On jette du vieux pour faire du neuf, bel exemple de la société de consommation à l’échelle de notre ville. Non, la Robertsau n’est pas un quartier comme les autres.

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