[livre] Le fleuve avec un grand R de Martin Ott
Les éditions Robertsauvienne le Glaneur éditions viennent de publier un recueil, de photos et de poèmes, sur le fleuve Rhin de l’artiste Martin Ott.

Convoquer les vertus de l’imaginaire pour mieux appréhender le quotidien est une façon parmi d’autres de définir ce recueil de poésies. Le fleuve avec un grand R transporte le lecteur sur les rives d’un fleuve, jamais nommé, en l’occurence le Rhin. Le dialogue entre textes et photographies transporte le lecteur hors du temps, vers un ailleurs sans frontières, ni limites.


Et là-bas, tout là-bas, me disait-on, il y a un grand fleuve qui sépare nos deux pays, un ailleurs où glissent des bateaux immenses, avec des poissons aussi grands qu’un homme. On y trouve même de l’or, qu’un dieu à dix mains fait porter par des nymphes nues qui chevauchent les rayons de lune, jusqu’à son château tapissé de cristaux.
La première fois que je l’ai traversé dans la 4L de mes parents, je devais avoir 5-6 ans. J’ai serré les fesses, fermé les yeux de peur d’apercevoir un monstre surgissant des profondeurs. Ma fable rhénane était née. J’y suis retourné régulièrement, de jour comme de nuit, pendant mes années strasbourgeoises, retrouver mes émotions, la profondeur de mes sentiments.
Puis j’ai déménagé dans la vallée de la Bruche, une rivière qui se coule dans le Rhin ; un hasard ? Un jour d’hiver, j’écoutais Schubert, Winterreise, avec au chant, Dietrich Fischer-Dieskau – baryton et Gérald Moore au piano.
J’ai sauté dans la voiture, une pulsion, un aimant. Il neigeait, ventait, direction les rives légendaires. Au retour, j’ai écrit le premier texte poétique ; ma fable rhénane larguait les amarres, commençait son voyage. Et j’y suis retourné, vers l’aval, l’amont, avec mon appareil photo et les mots qui naissaient de l’écoulement romantique
du Rhenus Superbus comme le nommaient les romains. Je ne l’ai jamais nommé, pour moi, c’est, Le Fleuve. ”





