[Tribune] Géothermie : vibrations, approximations et contradictions

[Tribune] Géothermie : vibrations, approximations et contradictions

Le Collectif Adir, Asser et Adiq réagit à la campagne de mesures géophysiques de Fonroche actuellement en cours à Strasbourg.

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“Le 29 mai dernier la société Fonroche, ignorant l’opposition générale des citoyens à ses projets de géothermie profonde, a entamé, le long des avenues de la Forêt-Noire et des Vosges à Strasbourg, une campagne de mesures par vibration pour une meilleure connaissance des sous-sols.

Il est vrai qu’avant de choisir un site de forages profonds, l’étude du contexte géologique est primordiale. C’est pourquoi nous avons souligné à de nombreuses reprises, notamment lors de l’enquête publique, cette contradiction que Fonroche ait retenu le site du Port aux Pétroles sans connaissance précise de la géologie du sous-sol.

L’étude d’impact de l’enquête publique mentionnait « une connaissance relativement précise des formations géologiques jusqu’à la base du Buntsandstein (3166m) ». Or le directeur de Fonroche reconnaît (DNA du 28 mai 2015) que « la carte des couches géologiques est fournie… jusqu’à 2000 mètres de profondeur ». On voit que chacune des interventions de cette société apporte approximations et contradictions nouvelles.

Mais maintenant Fonroche lance ses camions vibrants dans notre ville alors que l’enquête publique est close (les résultats des mesures ne seront donc pas soumis à la consultation légale des citoyens), et sans même attendre le rapport du commissaire enquêteur ni la décision du préfet, comme si celle-ci lui était acquise… En outre, Fonroche fait intervenir ses engins en pleine Neustadt, n’hésitant pas à faire vibrer des immeubles promis au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Concernant la technologie non mature, ce n’est pas celle du forage lui-même mais celle de l’exploitation ultérieure. Les dangers viennent de la « stimulation », injection de grandes quantités d’acides dilués dans l’eau, parfois pendant des mois, pour libérer les failles existantes des minéraux les colmatant. La perméabilité nécessaire au fonctionnement en boucle, réinjection du fluide géothermal après utilisation de la chaleur, n’est parfois atteinte qu’au prix d’une augmentation dangereuse de la pression. La corrosion des tubes dans la durée est à craindre compte tenu de l’agressivité du fluide géothermal à 150°C, conduisant à la pollution de la nappe phréatique. Ces dangers sont parfaitement illustrés par les études américaines récentes où cette pollution et l’augmentation des séismes sont largement documentées. Si les outils de prospection doivent être améliorés, ceux permettant l’exploitation sans risques ne sont pas encore disponibles. Fonroche feint de ne pas comprendre les inquiétudes des contributeurs à l’enquête publique, ce qui ne peut qu’augmenter nos réticences vis-à-vis de ses projets.

Les connaissances théoriques des scientifiques ne remplacent pas l’expérience pratique. Les spécialistes de géophysique et de géologie qui composeraient l’équipe Fonroche n’ont, à notre connaissance, aucune expérience de la géothermie profonde de terrain. Seuls les participants au projet de Soultz-sous-Forêts pourraient se prévaloir en France d’une expérience concrète. Or la concurrence entre les deux candidats à l’exploitation de la géothermie profonde dans la vallée du Rhin est telle que, d’après nos informations, chacun garde jalousement les connaissances acquises.

Les partenaires scientifiques mentionnés dans l’article des DNA précité n’ont pas plus d’expérience que Fonroche dans cette technique dans les conditions géologiques du bassin rhénan. Par contre le Laboratoire d’excellence en géothermie profonde de l’École et Observatoire des Sciences de la Terre de l’Université de Strasbourg a participé activement au projet de Soultz mais n’est pas mentionné dans l’article et, à notre connaissance, ne fait pas partie des partenaires de Fonroche.

Les affirmations péremptoires, souvent contraires à celles de la littérature internationale, et les approximations énoncées, ne peuvent qu’inquiéter les citoyens qui non seulement financent une partie des investissements par des subventions diverses, mais devraient également participer au rachat très onéreux de l’énergie produite par le paiement de la Contribution aux charges du service public, taxe grevant la facture d’électricité de tous. Au surplus, en cas de sinistres, c’est encore nous qui serions touchés…

Le collectif ADIR – ASSER – ADIQ

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