Enquête publique géothermie au consulat de Turquie : la contribution de l’ADIQ

Enquête publique géothermie au consulat de Turquie : la contribution de l’ADIQ

Étonnamment, l’ADIQ semble être la seule association à avoir fait une contribution à l’enquête publique sur le forage géothermique au consulat de Turquie. Nous publions ci-dessous son texte. Contribution de l’ADIQ à l’enquête publique relative à la demande présentée par le consulat général de Turquie à Strasbourg en vue d’obtenir l’autorisation de réaliser un doublet…

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Étonnamment, l’ADIQ semble être la seule association à avoir fait une contribution à l’enquête publique sur le forage géothermique au consulat de Turquie. Nous publions ci-dessous son texte.
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Contribution de l’ADIQ à l’enquête publique relative à la demande présentée par le consulat général de Turquie à Strasbourg en vue d’obtenir l’autorisation de réaliser un doublet de forages à usage thermique en vue de prélèvements d’eau dans la nappe alluviale pour l’alimentation de pompes à chaleur destinées au chauffage et au refroidissement des bâtiments de la nouvelle ambassade de Turquie à Strasbourg.

“Madame le Commissaire Enquêteur,

Dans cette enquête publique relative à la demande d’autorisation de forages de géothermie par le consulat général de Turquie, nous avons l’honneur de déposer la contribution de notre association.

Motifs de l’intervention de l’ADIQ

La préservation de l’environnement est au cœur des préoccupations de l’ADIQ depuis neuf décennies.

Les quartiers couverts par notre association sont séparés du quartier de la Robertsau par le canal de la Marne au Rhin, et font face aux nouveaux bâtiments du consulat général de Turquie.

La nappe phréatique de nos quartiers est évidemment la même que celle du consulat de Turquie, dans laquelle des forages de géothermie de surface sont projetés. Les risques pour l’eau de la nappe liés au projet nous conduisent à intervenir dans la présente enquête.

Le projet

Selon le dossier technique réalisé par le bureau d’études ANTEA, le projet de géothermie de surface consiste à réaliser un doublet de forages destiné à alimenter 5 pompes à chaleur, avec rejet direct dans la nappe phréatique après extraction de l’énergie.

Le forage de captage, d’un (très gros) diamètre, 800 mm, descendra à une profondeur de 40 m, tandis que le forage de rejet, d’un diamètre de 800 mm également, descendra à une profondeur de 18 m.

L’installation sera constituée de « plusieurs pompes immergées » dont une pompe de secours (p. 20), sans qu’il soit précisé le nombre exact de pompes ni leur localisation dans un forage ou dans l’autre, ou dans les deux.

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Sur la prolifération des forages de géothermie de surface dans le secteur

La présence de nombreux captages d’eau dans le secteur, avec des débits que l’on peut qualifier d’énormes (notamment 1080 m3 pour le Conseil de l’Europe, 610 m3 pour la Cour des Droits de l’Homme, p. 37), nous conduit à dire qu’il est plus que temps de cesser de perforer le sol, au regard des risques pour le milieu.

Sur le risque de pollution thermique

Le débit maximal de pompage prévu est de 140 m3 / heure. Ce débit est très important ; à titre de comparaison il est 3 fois supérieur au débit moyen d’un forage agricole. Le volume prévu pour être rejeté dans la nappe est par voie de conséquence très important lui aussi.

La température de l’eau rejetée dans la nappe sera inférieure ou supérieure de 5°C par rapport à la température normale de l’eau de la nappe. Il se produira donc un réchauffement ou un refroidissement contre-nature de l’eau de la nappe, avec des conséquences en termes de sensibilité accrue aux pollutions.

Sur le risque de pollution chimique

Selon le dossier, l’eau pompée dans la nappe passera à travers des dispositifs suivants:

  •  un échangeur,
  • un évaporateur,
  • un compresseur,
  • un condenseur,
  • à nouveau un échangeur.

C’est dire que les risques de panne, d’accident ou de fuites ne peuvent être exclus.

Or le transfert d’énergie se fera à travers un fluide frigorigène. Il est indiqué qu’à aucun moment l’eau souterraine (circuit primaire) ne pourra être en contact direct avec le fluide frigorigène puisqu’un circuit secondaire assure les échanges thermiques (p. 20).

Sauf erreur de notre part, le système de « circuit secondaire » mentionné n’est pas décrit dans l’étude technique.

Ceci étant, les spécialistes savent que les pompes à chaleur sont des sources potentielles de pollution des eaux souterraines, causées par des transferts de fluide caloporteur consécutifs à des fuites, inhérentes au milieu et aux équipements mis en œuvre.

Sur le risque de pollution croisée lié à la traversée de deux nappes superposées

Les coupes lithologiques des forages du secteur (pp. 23, 25, 31, 32) montrent l’existence, à une profondeur d’une vingtaine de mètres, d’une couche « d’argile tourbeuse noire, plastique et compacte ».

Ceci montre la superposition de deux nappes isolées l’une de l’autre.

Le forage de captage, qui descend à 40 m, traversera la nappe superficielle et la couche argileuse étanche, pour atteindre la nappe inférieure.

Ici réside le risque, bien connu des spécialistes, de contamination de la nappe inférieure par une mise en relation avec la nappe superficielle potentiellement polluée, du fait de la perforation de la couche étanche par le forage.

Le dossier évoque d’ailleurs, succinctement, qu’à l’occasion d’un diagnostic réalisé par le bureau d’études en 2012, il a été « mis en évidence la présence de composés HAP et d’hydrocarbures sur les remblais rencontrés jusqu’à 2,4 m de profondeur environ ». (p. 33).

Ce seul indice permet de déduire que la nappe superficielle n’est pas exempte de pollution.

Étonnamment, à aucun endroit du dossier technique, il n’est fait référence à l’existence de nappes superposées et au risque de pollution par mise en relation.

Il n’est pas davantage fait mention de moyens techniques éventuels pour tenter d’y parer.

Il s’agit là d’une lacune importante du dossier.

Sur l’absence de données sur la composition de l’aquifère à l’endroit du projet

On note que les caractéristiques de l’aquifère prises en compte sont issues de données bibliographiques (p. 15).

Pour cause, il ressort du dossier que le porteur de projet n’a pas effectué de sondages préalables permettant d’établir avec certitude la constitution des couches de l’aquifère.

Dès lors le cabinet ANTEA se fonde sur les coupes lithologiques de certains forages situés à quelques centaines de mètres du projet, ce qui ne permet pas de connaître de façon fiable la composition de l’aquifère à l’endroit précis du captage, comme à l’endroit du rejet.

Toute simulation effectuée ensuite aura des résultats contestables.

Ainsi le cabinet ANTEA a-t-il procédé à des calculs de simulation au moyen d’un logiciel, dont les résultats concluent à une quasi indépendance des deux forages, tant du point de vue hydraulique que thermique.

Cette conclusion, qui intéresse certes le porteur de projet pour le bon fonctionnement des pompes à chaleur, concerne moins les habitants, lesquels s’intéressent essentiellement à l’impact environnemental des rejets dans la nappe.

Mais surtout, l’impact sur le milieu n’est pas estimé correctement dans l’étude, du fait de l’absence de connaissance exacte de la composition de l’aquifère à l’endroit du projet, et de l’objet des simulations effectuées.

Et ceci d’autant que, sauf erreur de notre part, le dossier n’indique pas quel est le procédé de réinjection de l’eau dans le forage de rejet.

En conclusion

Compte tenu des risques de pollution thermique et chimique de l’eau de la nappe inhérents à la technologie de géothermie de surface et à l’existence de deux nappes superposées dans le secteur, ainsi que du nombre déjà bien trop important de ces forages dans le secteur, et des lacunes importantes du dossier technique, l’ADIQ propose que Madame le Commissaire Enquêteur émette un avis défavorable au projet, et demande, dans l’intérêt général des quartiers du secteur, que le consulat général de Turquie s’oriente vers un procédé de chauffage autre que géothermique.

Pour le conseil d’administration, Le président,
Jean-Luc Déjeant

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