Forêt de la Robertsau : la contribution d’Alsace Nature

Forêt de la Robertsau : la contribution d’Alsace Nature

Nous publions ci-dessous la contribution de l’association Alsace Nature dans le cadre de l’enquête publique sur la classement de la forêt de la Robertsau en réserve naturelle.

Nous avons pris connaissance du projet de création de la réserve naturelle nationale du massif forestier de la Robertsau et de la Wantzenau et du projet de création du périmètre de protection de la réserve naturelle nationale du massif forestier de la Robertsau et de la Wantzenau, et tenons à apporter par la présente, l’avis de notre fédération sur un certain nombre de points.

Avis sur le projet de création de la réserve naturelle nationale du massif forestier de La Robertsau – La Wantzenau.

L’association Alsace Nature exprime un avis très favorable au projet de classement du massif forestier de La Robertsau – La Wantzenau en réserve naturelle nationale, tel que présenté à l’enquête publique.

Cet avis est fondé sur les éléments suivants :

1. Le classement de cette forêt en réserve naturelle nationale est l’aboutissement d’un projet de longue date, qui a connu sa première expression en 1988 (demande de classement en réserve naturelle volontaire par Marcel Rudloff, maire de Strasbourg), confirmée en 1992 par Catherine Trautmann, maire de Strasbourg (demande de classement en réserve naturelle nationale). Depuis, les maires successifs de Strasbourg ont, à chaque fois et unanimement, confirmé cette demande.

La volonté de la Ville de Strasbourg a été constante et unanime, reflétant l’attachement des Strasbourgeois à la protection durable de cette forêt.

Alsace Nature – Association Fédérative Régionale pour la Protection de la Nature.
Membre de France Nature Environnement. Reconnue d’utilité publique depuis 1994 et agréée au titre de l’article L 141-1 du code de l’environnement.
2. Ce classement bouclera la protection des trois forêts péri-urbaines de Strasbourg, après l’île du Rohrschollen et la forêt de Neuhof – Illkirch. Ainsi, ces trois poumons verts de l’agglomération strasbourgeoise seront placés sous un régime identique de gestion conservatoire à même d’en assurer la restauration et d’en pérenniser les fonctionnalités naturelles et les aménités au bénéfice des habitants.

3. Classée en réserve naturelle, la forêt de La Robertsau – La Wantzenau complètera la protection des forêts rhénanes, dont les reliquats s’égrènent des deux côtés du Rhin. Le classement donnera plus de force et d’efficacité aux outils de gestion conservatoire mis en place à l’échelle du fleuve, que ce soit Natura 2000 ou RAMSAR.

4. A ce titre, nous saluons l’extension du périmètre de la future réserve naturelle à la forêt de La Wantzenau, qui est un gage de plus de cohérence des actions de protection de ce biotope remarquable. En effet, un biotope ne s’arrête pas à une limite administrative et cette extension permettra d’aborder ce biotope dans son ensemble, en y incluant des parcelles agricoles dont le classement permettra de faire évoluer les pratiques vers des cultures prairiales mieux adaptées à ce biotope.

5. Le classement en réserve naturelle est le plus adapté pour assurer la préservation et restauration des biotopes ello-rhénans constitutifs de cette forêt. De nombreuses espèces faune, flore et fonge ont été observées et inventoriées dans cette forêt, qui témoignent de sa haute valeur biologique. Mais ces espèces sont menacées par les effets de la canalisation du Rhin, les avancées de l’urbanisation et la sur-fréquentation humaine de tout type.

6. Le futur plan de gestion de la réserve, qui sera élaboré à la suite du classement, définira les actions à mettre en œuvre pour améliorer la connaissance des biotopes et de leurs interactions. Quoique déjà très riches, les inventaires pourront être complétés et des études menées pour améliorer le fonctionnement naturel des écosystèmes présents dans la réserve.

7. Appuyée sur le centre d’initiation à la nature et à l’environnement de la ferme Bussierre voisine, la réserve servira de vecteur à une intensification des actions d’information et de pédagogie, à destination des différents publics fréquentant la forêt (écoles, grand public, usagers, etc.).

8. Le classement en réserve naturelle instaurera une réglementation équilibrée des activités humaines dans la forêt, à l’aune des objectifs naturalistes du classement. La forêt restera ouverte au public, mais dans des conditions qui garantiront que la fréquentation ne portera plus atteinte aux espèces et milieux naturels.

9. Le classement permettra la mise en place d’une surveillance renforcée de la forêt et une action plus efficace contre les actes d’incivilité qu’on peut y relever (déchets, cueillette sauvage, feux, etc.)

10. Enfin, le classement en réserve naturelle instaurera une gouvernance partagée de la gestion conservatoire à y mener. Un comité consultatif sera mis en place, composé des représentants des administrations et des communes concernées, des représentants des usagers et des associations environnementales. Ce comité donnera son avis au Préfet sur les actions à mener dans la réserve. Il assistera le gestionnaire de la réserve dans ses actions.

Nous attirons l’attention de la Commission d’enquête sur les points suivants :

1. Périmètre de la future réserve.

A la lecture du dossier d’enquête publique, les limites Est du périmètre de la future réserve n’apparaissent pas clairement, notamment par rapport à la route dite « route EDF » qui la longe. Nous souhaitons que le périmètre de la future réserve inclue en totalité la forêt jusqu’à sa lisière avec cette route, quel que soit son éloignement par rapport au contre-canal de

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Membre de France Nature Environnement. Reconnue d’utilité publique depuis 1994 et agréée au titre de l’article L 141-1 du code de l’environnement.
drainage. Nous soutenons en ce sens la recommandation du CNPN quant à la cohérence du périmètre forestier et à ses capacités de connexions avec les milieux forestiers au nord du département qu’ils soient rhénans ou dits « de plaine ».

2. Exercice de la chasse.

L’exercice de la chasse dans la future réserve doit être cantonné à la gestion des populations de sangliers par des tirs de régulation, depuis des postes fixe et à des dates précises. En ce sens le cahier des charges appliqué sur la forêt de la Robertsau jusqu’alors nous convient. L’objectif naturaliste de la réserve naturelle nécessite la suppression des pratiques de l’agrainage ainsi que du piégeage des espèces dites nuisibles.

Nous appelons la vigilance de la Commission d’enquête sur le maintien de cette organisation dans le projet de décret.

3. Exercice de la pêche.

Nous demandons qu’une concertation approfondie soit menée avec la fédération et les associations de pêche sur les modalités futures d’exercice de la pêche dans la réserve. Cette concertation doit prendre en compte à la fois les attentes du CNPN, inspirées des dérives constatées sur l’île du Rohrschollen, et les attentes légitimes des pêcheurs, prêts à s’investir positivement dans la préservation des richesses naturelles de la réserve. Doit aussi être pris en compte le maillage très serré des cours d’eau au sein de la réserve, qui, parcouru par des pêcheurs en grand nombre, peut peser négativement sur les cœurs de parcelles.
Nous suggérons à la Commission d’enquête d’envisager, dans le projet de décret, un renvoi au Préfet et au Comité consultatif de la responsabilité de fixer les modalités d’exercice de la pêche, pour mieux tenir compte des situations locales et de leurs évolutions dans le temps.

4. Activités militaires.

Nous déplorons que les activités militaires, qui resteraient autorisées dans les emprises militaires de la future réserve, ne soient pas détaillées dans le dossier d’enquête publique. De quoi s’agit- il ? Ces activités engendrent-elles des perturbations du couvert végétal ? Seront-elles nocturnes ? Qu’advient-il des billes utilisées lors du « softair » ? Etc.

Plus de précisions sur ces activités nous auraient permis de mieux apprécier la façon dont les autorités militaires tiendront compte des objectifs naturalistes de la réserve.
Nous demandons à la Commission d’enquête de s’assurer de ces engagements auprès des autorités militaires.

5. Circulation des engins agricoles et pratiques agricoles dans la réserve

Nous attirons l’attention de la Commission d’enquête sur la problématique de la circulation des engins agricoles, au sein de la réserve, pour accéder aux parcelles agricoles qui y sont enclavées. Quelles seront les dispositions mises en œuvre pour que cette circulation (avec des engins de grande taille) ne perturbe pas les milieux traversés ?
Nous préconisons que, parmi les objectifs du classement, soit clairement affichée la conversion des pratiques culturales sur les parcelles agricoles vers des pratiques de retour à l’herbe. L’exemple de la Brunnenmatt dans la RNN du Neuhof – Illkirch montre, d’une part, que des cultures céréalières (essentiellement du maïs), enclavées en plein massif forestier, sont incompatibles avec des objectifs naturalistes (agrainage des ongulés, dégâts de gibier, absence de lisière, etc.) et, d’autre part, qu’une telle conversion est possible, puisqu’elle est en passe d’aboutir dans cette réserve.

6. Réserve et possible remise en circulation de la « route EDF ».

En sa limite Est, la future réserve est longée par la route dite « route EDF », entre la lisière forestière et le contre-canal de drainage du Rhin. Cette route est actuellement fermée à la circulation publique.
Le PLU de l’Eurométropole de Strasbourg a cependant classé cette emprise en emplacement réservé ROB 1, pour permettre sa rénovation en vue d’assurer un accès Nord au part autonome de Strasbourg, réservé aux poids lourds, sous certaines conditions de contrôle et en compatibilité avec le PPRT du port aux pétroles. La largeur prévue de cet emplacement réservé est de 15 m.
Nous exprimons de sérieux doutes sur la compatibilité de la future réserve avec la remise en circulation de cette route, telle qu’elle est permise par le PLU. Que représente ce gabarit de 15 m, en termes d’aménagement ? Comment seraient gérés les effluents générés par une telle circulation (gaz, huiles…) ? Comment cette circulation serait-elle rendue compatible avec l’accès des usagers aux étangs du Karpfeloch, du Rohrkopf et du Blauelsand ? Et surtout, comment éviter les impacts de cette circulation sur la faune et la flore de la réserve ?

Par ailleurs cette route viendrait renforcer la rupture de de continuité entre le massif, le fleuve et les massifs rhénans côté allemand. Pourtant l’enjeu majeur de la conservation des forêts rhénanes est bien de reconstituer le lien entre le fleuve et les forêts. Ainsi, les nombreuses espèces d’oiseaux d’eau par exemple, utilisent le fleuve comme les annexes de ce dernier en fonction des conditions météorologiques. A l’heure du Schéma Régional de Cohérence Ecologique (SRCE) et face au défi que représente la reconquête des fonctionnalités des écosystèmes, il n’est pas envisageable de créer de nouvelles ruptures de continuité.

En ce sens nous rejetons cette limitation de la plaine expression des potentiels de la réserve par l’adjonction d’un axe de circulation supplémentaire et demandons que le périmètre de la réserve soit revu en ce sens ainsi que la zone de périmètre de protection.

Avis sur le projet de périmètre de protection de la réserve naturelle nationale du massif forestier de La Robertsau – La Wantzenau.

L’association Alsace Nature exprime un avis défavorable au projet de périmètre de protection de la réserve naturelle nationale du massif forestier de La Robertsau – La Wantzenau. Tel que proposé, le périmètre retenu ne permet pas de répondre pleinement aux objectifs tel que rappelés ci-après.

Le principe d’instaurer un périmètre de protection, qui figurerait une « zone tampon » entre la réserve proprement dite et sa périphérie est extrêmement positif.

Son introduction récente dans le droit français des réserves naturelles s’inspire des zones tampon déjà existantes dans les réserves de biosphère ou les parcs nationaux. Elle part du constat que les espaces protégés telles que les réserves naturelles ne peuvent s’épanouir dans toutes leurs fonctionnalités s’ils restent coupés trop abruptement des espaces limitrophes et voisins.

Ceux-ci sont appelés, en s’instaurant « périmètre de protection » ou « zone tampons », à assurer une cohérence de gestion de leurs espaces naturels avec ceux de la réserve, notamment en organisant les activités humaines qui s’y exercent en cohérence avec les objectifs de la réserve.

  • Dans ce sens, les objectifs assignés au périmètre de protection de la réserve sont explicites (cf. dossier d’enquête publique) :
  • mieux protéger la réserve par l’amélioration des échanges écologiques entre la réserve et sa périphérie (notion d’écotone et de corridors écologiques) ;
  • limiter le dérangement de la faune présente dans la réserve ; – limiter les impacts sur les milieux sensibles de la réserve ;

permettre une gestion cohérente avec celle de la réserve et une surveillance uniforme de l’ensemble de ces milieux sensibles.

Nous sommes très favorables à l’instauration d’un périmètre de protection, qui permettre d’atteindre ces objectifs, mais le projet de périmètre tel que présenté dans le dossier d’enquête publique nous parait très insuffisant, pour les raisons suivantes :

  • il ne comprend que les zones de loisirs légers, tels que l’élevage de chiens ou la baignade naturiste, dont les impacts sur la réserve semblent réduits ou potentiellement aisés à adapter ;
  • il ne comprend pas les zones agricoles limitrophes, qui proposent une lisière abrupte avec la forêt, faite de cultures céréalières peu compatibles avec un écotone performant ;
  • il ne comprend ni le centre équestre du Waldhof, pourtant usager principal de la réserve, ni la station d’épuration, où s’est développée une culture de sapins peu compatible avec les objectifs de la réserve.
  • il ne comprend pas non plus, de façon assez incompréhensible, le parc de Pourtalès, qui fait le prolongement naturel de la forêt et dont la fréquentation, qui se diffuse dans la forêt, devrait faire l’objet, en lien avec le CINE de Bussierre voisin, de mesures de gestion, d’information et de pédagogie propres à préparer une fréquentation éclairée et équilibrée de la réserve.
  • enfin, il ne tient aucun compte du zonage de la zone de protection spéciale ZPS du site Natura 2000 Rhin – Ried – Bruche, au titre de la directive Oiseaux, dans laquelle est incluse la réserve, mais plus vaste qu’elle. Le périmètre de cette ZPS est à prendre en compte, parce qu’il est basé sur la présence d’oiseaux inscrits à la directive Oiseaux, donc d’intérêt communautaire. Les échanges d’espèces doivent être pris en compte, qu’ils s’effectuent, au Sud, à l’Ouest et au Nord, entre les zones agricoles, les prairies, les vergers, d’une part, et la forêt, d’autre part, ou, à l’Est, entre le Rhin et la forêt.

En conséquence, nous demandons que le périmètre de protection de la future réserve naturelle nationale du massif forestier de La Robertsau – La Wantzenau soit calé strictement sur celui de la Zone de protection spéciale (ZPS) Natura 2000, dans laquelle la réserve est incluse.

Un tel périmètre élargi à la ZPS nous paraitrait à même :

  • de garantir la bonne cohérence entre les différents outils de protection (réserve naturelle, ZPS et ZSC), dans la perspective d’une bonne préservation des espèces d’oiseaux justifiant la ZPS ;
  • d’impliquer des acteurs importants situés en limite de la réserve (agriculteurs, centre équestre, station d’épuration, parc de Pourtalès), pour optimiser la gouvernance partagée de la future réserve.

Vous remerciant de bien vouloir prendre en compte nos remarques et demandes, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la Commission d’enquête, en l’assurance de notre considération distinguée.

Daniel Reininger Président Régional

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