Il est impossible de rejoindre la place Kléber depuis la Robertsau uniquement sur des pistes cyclables

Il est impossible de rejoindre la place Kléber depuis la Robertsau uniquement sur des pistes cyclables

Le résultat est sans appel. Il est impossible de faire un trajet simple uniquement sur des pistes cyclables à Strasbourg. Désolé de désacraliser l’icône, mais Strasbourg n’est pas la capitale du vélo qu’elle prétend être, c’est juste une borgne au pays des aveugles. Preuve à l’appui.

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Quand nous vous avions lancé le défi (Rejoindre depuis la Vignette à la Robertsau la place Kléber à vélo avec deux conditions : uniquement sur des pistes cyclables et en respectant le code de la route) nous avions une petite idée derrière la tête : prouver que cela est impossible. Oui, dans la “capitale du vélo”, faire un trajet simple sur des pistes cyclables relève du tour de force.

Car ce que vous pouvez aisément faire en voiture, en transport en commun et même à pied, relève de l’inaccessible pour les cyclistes. Dans les faits, le plan des pistes cyclables, c’est à dire l’espace naturel pour un vélo, est fait de traits pointillés et non de lignes continues. (Voir notre billet – Strasbourg 1ère ville cyclable : le grand bluff !).

Vous pouvez prendre la carte de Strasbourg dans tous les sens, il est strictement impossible de rejoindre le centre de la Robertsau jusqu’à la place Kléber uniquement sur des pistes cyclables. D’ailleurs les participants à notre défi s’y sont cassés les dents, et personne n’a pu nous proposer un itinéraire 100 % vélo. 

Pire, si vous souhaitez respecter le code de la route, vous devrez quitter votre vélo en plusieurs points ; autant dire que personne ne sait ou ne le fait. 

L’itinéraire le plus “cyclable” fait deux fois plus de kilomètres que pour la voiture

Comme vous pouvez le voir sur le plan ci-dessous, l’itinéraire 1 le plus court et le plus logique ne va comporter qu’un maigre bout de piste cyclable. Le reste n’est qu’un mélange d’espaces partagés sur la route, avec les voitures, voire les trottoirs avec du conflit piéton /cycliste à la clef. 

Pour bénéficier du maximum de piste cyclables, il faut faire un grand détour comme le proposent les participants de notre concours. 

Les participants ont bien tenté de trouver d’autres accès plutôt malins, comme passer par le chemin Goeb, les quais puis la place de la Bourse. Mais si cet itinéraire comporte le plus de pistes,  il est deux fois plus long que l’itinéraire 1. Certains ont aussi tenté une approche par les Ponts Couverts (itinéraire 3) ; non seulement on prolonge, mais on n’y trouvera pas son salut en terme de pistes. Autre défaut des quais, comme toujours c’est en extérieur et loin des axes commerçants (tout en étant face au vent).

L’adjoint aux vélos a refusé notre invitation

Vous n’avez pas été très nombreux à participer à notre concours, nous avons eu droit à seulement une dizaine de réponses. Mais un grand merci à vous (voir article pour le gagnant), cela prouve bien que la question était plus difficile que prévue. Pendant le défi, nous avons même invité l’adjoint aux nouvelles mobilité, Jean-Baptiste Gernet. Nous lui avons proposé de faire le trajet avec lui et de le filmer. Il a poliment décliné l’invitation. On peut le comprendre, il n’est pas bête, il ne voulait pas se mettre dans une situation inconfortable et il est le premier à connaitre l’état de son réseau cyclable à Strasbourg. 

L’invitation a également été lancée au député Bruno Studer… nous attendons toujours sa réponse. 

Ne pas toucher à l’icône. 

Nous touchons une icône. C’est normal d’être fier de sa ville et de ne pas aimer quand l’on l’égratigne. Celle sur le vélo en est une. Mais faire le constat qu’il n’est pas possible de faire un simple trajet inter-quartiers sur des pistes cyclables permet au contraire de progresser.

D’abord dans le débat sur “l’équilibre” de la place offerte aux moyens de transport : contrairement à ce que peuvent affirmer certains élus, l’espace urbain est offert à la voiture à Strasbourg, il suffit de regarder l’avenue des Vosges et la difficulté qu’ont eu les cyclistes pour avoir une bande cyclable. Ensuite, on ne peut progresser correctement que si l’on partage un constat ; pour le vélo, on en est loin. 

Ci-dessous le parcours Robertsau – Place Kléber en voiture. À aucun moment on nous a demandé de sortir de la voiture et de la pousser (l’équivalent de “cyclistes mettez pied à terre”), nous n’avons pas rencontré au milieu de la chaussée un camion de livraison (“je bosse moi”).

Nombre de personnes à qui l’on parlait de ce défi pensaient que nous exagérions et que Strasbourg n’est pas si mal. Comme Jean Chuberre qui nous a envoyé ce message : 

Le défi lancé aux cyclistes est un peu facile et un brin démago. Et je parle en utilisateur quotidien du vélo, respectueux du code de la route, jusqu’à éviter les trottoirs ce qui n’est pas le cas de tous les cyclistes. Chaque cycliste sait qu’il est impossible de relier La Robertsau au centre ville en utilisant uniquement une piste cyclable… ce qui ne veut pas dire qu’il est impossible d’utiliser son vélo pour se rendre en ville en respectant le code la route, ce que je m’emploie à faire plusieurs fois par semaine. Ceci écrit, je suis d’accord avec l’aspect communication mensongère de la ville dans ce domaine.

Comme toujours, nous répondons que c’est un borgne au royaume des aveugles. Et en la matière, le Conseil Départemental du Bas-Rhin a certainement un meilleur réseau que celui de Strasbourg, qui risque de se faire dépasser bientôt par Bordeaux. 

Ici au carrefour du Pont Pierre Pflimlin et de la route de la Wantzenau, les cyclistes doivent, s’ils veulent respecter le code de la route, mettre pied à terre…

Tout comme ici avenue de la Liberté (notez que le feu est rouge et que piétons et cyclistes traversent allégrement…)

Enfin, il suffit de prendre son vélo pour en faire son moyen de transport quotidien pour constater les difficultés que nous dénonçons régulièrement sur le Blog de la Robertsau : incohérence des itinéraires, travaux, voitures mal garées, pistes fermées sans déviation…! Prendre son vélo pour le loisir est une chose, l’utiliser quotidiennement vous fait voir les choses d’un autre angle. 

Notre ambition est de permettre à toutes les personnes qui souhaitent utiliser le vélo comme moyen de transport quotidien de le faire dans les meilleures conditions de sécurité sans prendre l’espace des autres, particulièrement des piétons. Dans notre enquête nous pouvons constater qu’aucun mode de transport n’a le monopole du respect du code de la route. Les cyclistes grillent des feux tout comme les piétons, les voitures… et même des bus ! Sortons de l’invective des uns et des autres pour réfléchir sérieusement à l’aménagement de la ville. 

Nous sommes à la disposition de tous ceux qui souhaitent encore répondre à notre défi et nous expliquer comment on peut faire ce parcours uniquement sur des pistes cyclables et en respectant le code de la route. N’hésitez pas à nous contacter, nous ferons avec grand plaisir le parcours avec vous. 

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