Les Cent Jours de Trautmann : la politique du coucou déplumé
Quand la nouvelle majorité municipale « améliore », elle ne fait que confirmer, valider et s’approprier les projets des écologistes. Où comment ne rien faire, alors que les autres ont tout fait.
La nouvelle majorité socialo-macroniste de Strasbourg tient sa revanche, après 6 looooooooooooongues années d’opposition, vécues comme une humiliation. Et ses 100 premiers jours sont à la hauteur de la revanche attendue. Rien ne semble devoir échapper à leur moulinette, on va voir ce qu’on va voir, on promet de faire mieux que les écolos. Mais c’est un défi, pour l’observateur attentif de ces gesticulations, d’y discerner une vrai vision pour Strasbourg. Comme si l’héritage des écolos ne pouvait être refusé ou finalement être assumé.
La continuité républicaine, la quoi ?
Pour commencer, dans notre Macroliste locale, on oubliera le concept de « continuité républicaine » qu’avait, en son temps, popularisé Roland Ries, lorsqu’il arriva aux manettes en 2008. Son idée signifiait que les projets très engagés par ses prédécesseurs (i.e. ceux qui ne pouvaient être remis en cause qu’avec un coût élevé pour la municipalité) soient mis en oeuvre et achevés, parce que politiquement légitimes. Jeanne Barseghian fit de même, en 2020, par exemple avec le projet de rénovation du stade de la Meinau, que, dans l’opposition, elle et ses amis n’avaient eu de cesse de combattre. Aujourd’hui, notre stade est l’un des plus écologiques de France. C’est la démocratie, c’est la République.
Avec l’équipe Trautmann mariée à une certaine droite, et au vu des premières annonces, on peut comprendre qu’on ne prendra pas de telles pincettes.
Le dossier de la plaine festive projetée par les écolos à la Meinau pour offrir un site d’accueil définitif et pérenne à la foire St Jean et autres manifestations de plein air est ici emblématique. Ce projet était sur les rails pour 2027, techniquement, juridiquement et budgétairement. Il devait mettre un terme à l’errance de la foire Saint Jean, chassée définitivement du Wacken par le projet Archipel des Fontanel, Ries et Trautmann, sans aucune solution de repli. Et bien non, projet abandonné. Pour quelles raisons, on ne sait pas trop dire, mais c’est reparti pour l’errance. Et gros doigt d’honneur à toutes celles et ceux qui y ont travaillé et tant pis pour l’argent dépensé.

Doigt d’honneur aussi aux habitant.es du quartier Gare qui ont planché, pendant des soirées et des jours, sur le réaménagement de la place Braun et de ses rues adjacentes Kageneck et Kuhn. Leurs propositions d’aménagements, budgétées et votées, avaient surtout servi à renouer du lien social, dans ce quartier à la réputation chahutée. Moins importait le projet en soi, l’essentiel était dans le chemin mené ensemble. Le nouvel adjoint de quartier a jeté le bébé (ici, le lien social) avec l’eau du bain (ici, le projet), en trumpisant ses arguments, tous plus faux qu’un post du Donald orange. Au passage, Fuck ! transatlantique au groupe de Montréalais.es, qui étaient engagé.es dans un projet similaire, dans un cadre de coopération internationale porté par les Villes de Strasbourg et de Rosemont-La Petite Patrie.
Et à la Robertsau ?
A la Robertsau, on attend les arbitrages sur les projets que les écolos avaient mis dans les starting-blocks et qui sont en tête de notre bingo. Vous avez dit « continuité républicaine » ? Nos craintes risquent de se confirmer, s’agissant des écoles de la Robertsau (passoire thermique en hiver, bouilloire en été, pardon, dès le printemps et passoire tout court quand il pleut), de la Niederau et Branly. Pas de souci, par contre, pour l’école européenne, « rayonnement européen » de Strasbourg oblige.
Pour les réalisations déjà effectuées par les écolos, on ne peut plus les éviter, hélas. On est donc condamné à les « améliorer », parce qu’il est bien connu que les écolos ne savaient pas bien faire et que les services de la ville de l’Eurométropole étaient nuls aussi. On réunit donc les mécontents (à des heures où les familles ne peuvent pas venir) et on apporte des « améliorations » qui ne le sont que pour eux. L’affaire du Ring Vélo, la vraie saga du printemps, est ici exemplaire, qui risque fort d’aboutir à une fragilisation des priorités cyclables, clefs de son succès. Rue Mélanie, notre adjoint de quartier osera-t-il revenir à l’idée qui obsédait son opposition virulente au projet de piste cyclable bidirectionnelle : quoi, une simple bande cyclable aurait suffi, non ? Un peu de peinture ?

Mais, quand on améliore, on s’approprie. Après tout, le Ring, c’est bien, mais heureusement qu’on l’a amélioré, hein. La rue Mélanie ? Pas si mal, après tout, si on y ajoute un peu de peinture pour dessiner des cases de stationnement. Les Brumisateurs sur la place Kléber en plein cagnard, pas bête ! (les abris végétaux de Suzanne Brolly, on pouvait pas, vraiment, on voulait pas donner raison trop vite aux écolos). Et tous les projets lancés par les écolos, – et ils sont légion -, on va pouvoir y puiser pour les « améliorer ».

La politique du coucou
La politique du coucou, voilà. Ça consiste à s’installer dans le nid des autres, c’est pratique, mais ça ne fait pas une politique. Car tous ces gribouillages de début de mandat nous laissent sur notre faim, nous qui aimons la cohérence et, surtout, attendons une vision de l’avenir de notre ville et de notre quartier, qu’une municipalité se donnerait pour mission de concrétiser.
Les écolos avaient une vision pour Strasbourg (Ecologie, Social, Démocratie) et ils l’ont traduite dans leurs actes tant bien que mal et malgré de forts vents contraires (Covid, crises énergétiques, guerres…). Pour l’instant, la vision de la nouvelle Municipalité socialo-macroniste semble tenir en un nom : Catherine Trautmann. Sauf le respect que nous devons à cette « Grande Maire de Strasbourg » de la fin du siècle dernier, on se permettra de dire que c’est léger et qu’on attend de voir comment cela se concrétisera, ce que la campagne électorale n’a pas vraiment permis de discerner.
Quand c’est flou…
Dans le flou municipal ambiant, on peut détecter au moins deux motifs de circonspection, voire de franche inquiétude.
D’abord, trop d’écologie tue l’écologie, semble-t-on entendre, alors que la réalité caniculaire nous assène la punition, bien sentie celle-là par toutes et tous, du déficit d’écologie dans nos politiques publiques. A Strasbourg, on rallume l’éclairage nocturne, en dépit de tout bon sens. On ratiboise les herbes folles en pleine floraison.

On baisse le coût du stationnement payant (en privilégiant les plus riches, au passage, et en le maquillant en mesure sociale alors que les 10 % des ménages les plus pauvres ne détiennent que 5 % du parc automobile contrairement aux plus aisés) pour relancer la facilité d’usage de sa voiture en ville. On « reporte » les projets de rénovation énergétique des bâtiments publics, même ceux qui sont prêts, comme celui de l’école de la Robertsau. On chipote sur une passerelle cyclable…

La non-écologie est punitive
La période caniculaire que nous traversons nous montre que c’est la non-écologie qui est punitive, pas l’écologie. Cette canicule n’est malheureusement pas la dernière, loin de là. On vient d’expérimenter les températures saisonnières de… Tripoli (oui, en Libye) et les climatologues nous annoncent des pics de température à 50 (cinquante !!!) degrés en 2050, dans une génération.
Cette réalité s’imposera à nous, qu’on le veuille ou non, et la responsabilité de nos dirigeants, notamment locaux, est de nous y préparer aujourd’hui. Les écolos ne pensaient qu’à çà, avec le souci des plus fragiles et du maintien de nos valeurs républicaines. Alors, puisqu’on en est là, posons la question : qu’entend faire notre Municipalité pour que Strasbourg reste habitable en 2050, c’est à dire demain, pour toutes et tous ?

Second motif d’inquiétude, les sous. Même si, pour l’instant, les décisions municipales ont surtout alourdi les dépenses de la Ville (le stationnement moins payant, c’est 2,2 millions d’euros en plus pour le budget municipal), la nouvelle équipe ne cesse de rabâcher que les écolos ont vidé les caisses et qu’il va falloir se serrer la ceinture. On fera donc mieux que les écolos, mais surtout moins, beaucoup moins. Au risque vital de faire dévier Strasbourg des trajectoires d’adaptation et de transformation écologique sur lesquelles l’équipe Barseghian l’a placée (par ex. l’ADEME a placé Strasbourg dans le top 10 des collectivités françaises pour cela, 5 étoiles Gold au classement Territoires En Transition Ecologique).
Quadrature du cercle, posée aux élu.es de notre majorité municipale : comment sauver Strasbourg de l’urgence climatique si on n’investit pas massivement dans sa transformation urgente ?
L’héritage Barseghian est disponible, mais, dans son nid, le coucou doit se remplumer. D’urgence… climatique!



