[Covid19] Témoignage d’une infirmière du quartier

[Covid19] Témoignage d’une infirmière du quartier

Nous vous parlons souvent dans ce blog de nos commerces, de nos rues, de culture ou de politique locale. Il y a pourtant un sujet que nous évoquons rarement bien qu’il contribue également à l’attractivité de la Robertsau ; un sujet particulièrement essentiel en cette période agitée : celui de tous les acteurs de santé installés dans notre quartier.

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Plutôt que de faire une liste (non-exhaustive) de tous les cabinets médicaux et paramédicaux près de chez nous, nous avons eu envie de partager avec vous notre entretien avec une infirmière libérale dont le cabinet est installé rue Boecklin.

Vu le contexte actuel, notre discussion a bien sûr été centrée sur la crise sanitaire mais ce que nous cherchions avant tout, c’était de connaître son ressenti, en tant qu’acteur majeur de cette crise, sur ce qu’elle vit et voit dans notre quartier.

Image d’illustration ©Freepik

[Blog de la Robertsau] : A quoi ressemblait votre activité avant le mois de mars 2020 ?

[Marie-Julie] : Ma collègue et moi avons ouvert notre cabinet à la Robertsau il y a exactement 10 ans. Notre patientèle habituelle est plutôt âgée, atteinte de maladies chroniques qui nécessitent la plupart du temps des soins quotidiens. Nous nous occupons également des personnes en soins post-opératoires.

[BR] : Quand et comment les choses ont-elles changé ?

[MJ] : Il y a d’abord eu un creux au début de l’épidémie, pendant une quinzaine de jours. C’était assez bizarre. Les hôpitaux ayant différé de nombreuses opérations, toute notre activité de soins de suivi de chirurgie a été annulée.
Puis les médecins nous ont demandé de faire de la surveillance covid19 pour les patients non-hospitalisés mais présentant des comorbidités. Des patients ont également commencé à nous appeler, nous expliquant que plusieurs cabinets refusaient de se déplacer chez eux.

[BR] : Avez-vous aussi eu des hésitations à vous rendre dans ces foyers infectieux ?

[MJ] : Non. Notre question n’était pas de savoir si oui ou non nous devions y aller, mais comment y aller pour ne faire prendre de risques à personne. L’ARS (Agence Régionale de Santé) nous avait donné des consignes, mais celles-ci étaient difficiles à appliquer.
Nous avons alors réfléchi à une réorganisation de nos tournées afin de séparer les visites à nos patients chroniques, des visites pour le suivi covid et empêcher ainsi le risque de propagation entre ces deux groupes. Entre les deux tournées, nous effectuons un changement complet du matériel. Même nos voitures ont été adaptées (coffres bâchés, séparation du matériel, etc.) pour éviter tout contact entre ces deux mondes.

[BR] : Comment se sont passées vos visites pendant cette période ?

[MJ] : Les visites aux patients atteints de covid19 demandent beaucoup de temps. Une visite dure en moyenne 20-25min pour administrer les soins puis, et bien que nous prenions un minimum de matériel avec nous, il faut ensuite tout désinfecter, après chaque visite.
Nous avons aussi dû nous adapter au contexte. La plupart de nos patients étant des personnes âgées, certaines se sont retrouvées isolées. Il a alors fallu faire plus de social, aider parfois pour les courses ou étendre le linge, expliquer inlassablement aux personnes avec des démences qu’elles ne devaient pas sortir de chez elle. Chacun a fait un peu plus, un peu différemment.

[BR] : Qu’est ce qui a été le plus difficile pour vous ?

[MJ] : Au début il a fallu faire ses propres protocoles. Personne ne savait rien, alors quoi faire, comment faire pour aller au-devant de ce qu’on ne sait pas ? Aujourd’hui on sait certaines choses sur les méthodes de prolifération, on sait mieux comment prévenir mais il reste des formes très différentes de la maladie qui ne correspondent pas au tableau classique des difficultés respiratoires.

Il y avait également la crainte de devenir contagieux et de transmettre le virus. Comment faire pour aider sans mettre en danger les autres ? Nous avons dû expliquer, rassurer nos patients habituels.  Heureusement aucun de nos patients chroniques n’a développé le covid ce qui était une inquiétude en raison du manque de matériel.

[BR] : La question du matériel justement : comment avez-vous pu trouver les équipements pour vous protéger ?

[MJ] : Au cabinet, nous avions quelques masques chirurgicaux pour certains soins (voies veineuses et soins stériles). Nous avons commencé à porter ces masques avant le début du confinement car les nouvelles nous semblaient déjà suffisamment inquiétantes. Ce stock a duré jusqu’à la dotation de l’Etat en masques FFP2, qui correspond au moment où il a fallu traiter les patients covid19. Les premiers temps ont été difficiles car il n’y avait pas de régularisation dans les pharmacies, les masques étaient dévalisés. Un système de traçabilité a finalement été mis en place et nous n’avons plus eu de problèmes pour l’approvisionnement des masques (traçabilité = une officine de référence assignée à chaque professionnel)
En revanche, ce qui nous a manqué le plus et qui continue à nous manquer, ce sont les blouses.

[BR] : On entend souvent parler de solidarité envers les soignants, est-ce quelque chose que vous avez ressenti également dans le quartier ?

[MJ] : Pas directement. Les personnes du quartier que nous rencontrions pour leurs soins réguliers ne semblaient pas se rendre compte que le virus circulait à la Robertsau comme ailleurs et que nous faisions donc partie du personnel en 1ère ligne.

[BR] : Et les applaudissements ?

[MJ] : Au début, je ne voyais pas trop l’intérêt. Et puis, lorsqu’à 20h vous êtes encore au travail, loin de vos enfants et que vous entendez les gens autour de vous qui applaudissent, ça fait quand même chaud au cœur.

[BR] : La crise sanitaire a-t-elle affectée votre vie familiale ?

[MJ] : Mon mari est soignant également alors nous avons établi des règles : rien ne rentre à l’intérieur de la maison, les vêtements sont lavés à 60° chaque soir, la douche est obligatoire à peine rentrés. Mais nous n’avons pas cloisonné notre vie familiale.

[BR] : Vous utilisez le passé pour décrire cette période ? Le plus dur est derrière nous ?

[MJ] : Au plus fort de la crise, ma collègue et moi pouvions effectuer jusqu’à 9 visites covid par jour. Aujourd’hui, nous n’avons plus que 3 patients en sortie d’hospitalisation. Ça s’est heureusement calmé. Mais nous appréhendons le déconfinement.

[BR] : Un coup de gueule ?

[MJ] : Le fait d’avoir dû payer nos tests sérologiques de notre poche !

Un grand merci à Marie-Julie d’avoir répondu à nos questions et à tous les professionnels de ce secteur qui sont des acteurs indispensables à notre santé.

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