Un meeting politique en pleine zone Seveso, vraiment ?

Un meeting politique en pleine zone Seveso, vraiment ?

Alors que des restrictions fortes pèsent sur les promeneurs de la forêt et du parc Pourtalès, à cause de la zone SEVESO sécurisée par un PPRT, Jean-Philippe Vetter ne voit pas de problème à y tenir son meeting de rentrée.

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Ils ont encore l’air tout neuf. Aux diverses entrées du parc et de la forêt de Pourtalès, les panneaux ont fleuri et se sont multipliés, avec « ATTENTION » scandé en lettres capitales, pour nous alerter sur les dangers potentiels des entreprises du Port aux pétroles de Strasbourg, très (trop) proches. Plusieurs de ces entreprises sont, en effet, classées « Seveso Seuil haut », ce qui, en droit français, est le niveau le plus élevé de dangerosité de leurs activités pour l’environnement et les populations voisines. Un accident dans une de ces entreprises pourrait tourner à la tragédie. Il suffit de se remémorer la tragédie d’AZF à Toulouse. 

C’est pour nous protéger le plus possible de tels risques que l’Etat, en concertation avec les entreprises concernées, les élu.es et les forces de sécurité et de secours, a arrêté un Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT), consultable ICI .

Le PPRT définit ce qu’on peut faire et ne pas faire dans un périmètre dessiné en suivant les cercles de danger générés par chaque entreprise. Le principe est assez simple : plus on s’éloigne des citernes, plus les règles sont souples.

La zone la plus éloignée des risques est la zone siglée L au zonage réglementaire du PPRT, L comme « cinétique Lente ». Ce qui nous intéresse ici, c’est que, dans cette zone L,

« sont interdits : […] tout rassemblement ou manifestation de nature à exposer un public supérieur à 100 personnes en dehors de l’enceinte des ERP [Etablissements Recevant du Public, NDLR] existants à la date d’approbation du PPRT. [2013, NDLR] « 

 

Le périmètre du château – hôtel – restaurant de Pourtalès est distingué par un zonage L2 spécifique, qui permet d’y réglementer les éventuels travaux sur les bâtiments existants. Mais les zones L1 et L2 sont soumises à la même limite de 100 personnes par manifestation « en dehors de l’enceinte des ERP existants en 2013 ». Question : ce périmètre correspond-t-il à l’ « enceinte » du château ?

Présidé par Jean-Philippe Vetter, le mouvement « Aimer Strasbourg » a tenu son meeting de rentrée, dimanche dernier, dans ce qui peut être compris comme l’ « enceinte » du château de Pourtalès. Ce qui semble légal, si l’on admet une lecture (très) large du mot « enceinte », qui ne signifierait pas, entre autres et selon le premier dico venu, « une clôture ou un mur entourant un lieu ».

A notre connaissance, les plus de 100 convives du fameux meeting n’ont pas eu à franchir une clôture ou un mur entourant le château-hôtel… Enfin, c’est quoi, en termes de risques, la différence entre la pseudo « enceinte » du château – hôtel en plein air où a eu lieu ce meeting et le reste du parc Pourtalès, où la jauge des 100 personnes doit être scrupuleusement respectée ? Il n’y a pas de différence. Bref, pas clair, quand même, non ?

Image « Aimer Strasbourg » Capture d’écran.

Mais, au-delà de l’argutie juridique, ce qui est dommageable, de la part de Jean-Philippe Vetter, c’est la symbolique que cet événement emporte et qui ne nous semble pas à la hauteur du responsable public qu’il veut incarner.

Un meeting politique n’est pas un mariage privé ou un séminaire d’entreprise, comme le château-hôtel en accueille tant, dont les convives peuvent rester dans la fameuse enceinte du château-hôtel, c’est-à-dire à l’abri de ses murs. C’est un événement public, à large résonance, totalement en plein air, c’est-à-dire à l’abri de rien, sans doute appelé à devenir récurrent au cours des mois et années à venir. Toutes proportions gardées, le château de Pourtalès pourrait devenir au leader LR de Strasbourg ce que fut le Rocher de Solutré à Mitterrand ou ce qu’est le Mont Menzec à Laurent Wauquiez. Un moment important pour son mouvement politique.

Le message qu’on comprend, en observant cette foule en pleine zone Seveso Seuil Haut, c’est : « Seveso ? Pfff, pas grave ! ». Les autorités publiques ont des difficultés constantes à faire prendre conscience des risques industriels qui nous entourent. Par exemple, qui connait et a fait siens les réflexes à avoir, en cas d’alerte ? On oublie les risques…, jusqu’à ce que l’accident se produise. En tenant son meeting public en pleine zone Seveso Seuil Haut, Jean-Philippe Vetter participe à la minoration du risque et à l’inconscience générale.

Sans le soupçonner d’approuver les sorties de Bruno Retailleau, président de son parti, sur l’Etat de droit qui serait « ni intangible, ni sacré », on peut reprocher à Jean-Philippe Vetter une forme de superficialité ou d’inattention à l’égard des règles juridiques, mais aussi des comportements prudents qu’appelle ici la proximité des installations Seveso du port aux pétroles. Que se serait-il passé, si un accident était survenu, dimanche soir ?

Jean-Philippe Vetter est un élu de la République, un personnage public, dont on attend le souci de l’intérêt général et l’exemplarité dans ses moindres faits et gestes. D’un tel personnage, on attend qu’il respecte non seulement la lettre de la loi, mais aussi son esprit, qui est ici celui de la prudence face aux risques industriels et celui de la protection intransigeante des personnes et des biens.

Si lui traite tout cela par-dessus la jambe, inutile de s’étonner que d’autres le fassent.

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