Massacre à la tronçonneuse à la future crèche des Fleurs

Massacre à la tronçonneuse à la future crèche des Fleurs

Préservés dans le projet initial, les arbres qui devaient former le jardin de nature de la future crèche des Fleurs viennent d’être ratiboisés.

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« Ancrée dans une pédagogie tournée vers la nature et le dehors, la crèche invitera les enfants à grandir au contact de l’extérieur, à bouger librement, à observer, toucher, ressentir et s’émerveiller au fil des saisons… ». C’était la promesse. La réalité sera toute autre. Les arbres de l’espace extérieur de la future crèche, épargnés jusqu’ici par son chantier, viennent d’être abattus, malgré l’opposition de quelques riverain.es.

Le temps est-il revenu de s’enchainer aux arbres pour les sauver ? Il semble que oui. DR

Dans une lettre circulaire envoyée in extremis aux riverain.es et signée par l’élue en charge de la petite enfance, l’adjoint de quartier, la cheffe du service « Constructions Enfance, Education, Sport » à la Direction de l’Architecture et du Patrimoine, la Municipalité a argué du « mauvais état sanitaire [des arbres] et des impératifs de sécurité du site » pour abattre « 4 arbres […] situés à proximité du futur espace accessible aux enfants« , dans ce qui sera l’espace récréatif de la crèche.

Bien sûr, personne ne contestera le souci de garantir la sécurité de nos chérubins. Mais on se permettra néanmoins quelques remarques sur cette décision radicale.

Ne pas faire dans la dentelle

D’abord, l’entreprise chargée de ces abattages n’a pas fait dans la dentelle : il était question de 4 (quatre) arbres, mais ce qui a été ratiboisé, c’est tout le lopin de terrain attenant à la future crèche. Vu le nombre de souches fraiches comptées sur place, la tronçonneuse semble avoir surchauffé, avant de laisser la place à un tractopelle, qui a dévasté le sol mis à nu (pour en préparer le… pavage). Bref, il reste nada de ce qu’était ce petit coin de verdure brute.

Ce qui reste du petit espace arboré, derrière la MPE, après le passage de la tronçonneuse et de la tractopelle.

On soulignera, pour la forme tant ça relève du détail pour notre nouvelle Municipalité, que nous sommes là dans le périmètre de la ceinture verte de Strasbourg, véritable poumon vert de notre agglomération, dans lequel on pourrait s’attendre à un traitement plus protecteur des espaces boisés et de nature, même les plus petits.

L’état sanitaire des arbres à bon dos

Ensuite, dans ce genre d’affaires, les habitant.es ont toujours le sentiment que l’état sanitaire des arbres a bon dos. Les diagnostics restent obscurs et secrets, quasiment jamais publiés, sans doute pour éviter qu’ils soient contestés. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage, dit la sagesse populaire. Pourquoi s’embêter avec de vieux arbres, pardi ! C’est toujours plus facile de faire place nette pour replanter que de tenter de conserver l’existant, ça fait marcher l’économie, mais pas faire… des économies. Allez, on peut les voir, ces diagnostics ?

Arbre « malade », qui n’a malheureusement pas survécu à l’opération. Sur le tronc de droite, l’incision de la tronçonneuse, sans doute stoppée par l’intervention des riverain.es.

A ce propos, on a, à la Robertsau, un contre-exemple parfait : le sentier « Bébés en forêt« , inauguré en 2024 dans les sous-bois du parc Pourtalès. Là, les plus petits peuvent s’égayer en forêt et en découvrir sensoriellement tous les attraits, dans un sous-bois régulièrement checké par le service des espaces verts de la Ville, sans incident jusque là. Avant l’ouverture de cet espace, les services avaient pris soin d’épurer les arbres de leurs branches les plus fragiles. Comme quoi, quand on veut, on peut concilier l’accueil des plus petits en pleine nature et les impératifs de leur sécurité.

On ne va pas tomber dans la facilité qui consisterait à dire que, dans notre administration municipale, les Espaces Verts, c’est pas les Constructions Enfance, Education, Sport, et qu’il y aurait un déficit de coopération entre eux, mais on peut, à tout le moins, soupçonner un deux poids – deux mesures dans la façon de traiter cette question de la sécurité des arbres à Strasbourg.

Oui oui, on est bien en pleine Ceinture verte !

Enfin, sur le fond, c’est quoi, découvrir la nature ?

Au blog, nous pensons que découvrir la nature, c’est découvrir le vivant, le sauvage, donc le pas jardiné. Dans le vivant de la nature, il y a tant de découvertes et d’observations à faire, pour enrichir les savoirs, développer ses sens et élargir ses visions, du plus petit au plus grand. Notamment, c’est avoir l’occasion de se familiariser avec le cycle des saisons et de la vie : découvrir un arbre vivant et sain, oui, mais aussi un arbre dépérissant et en fin de vie, voire mort… pour constater qu’un arbre mort continue de servir la vie de beaucoup d’espèces végétales et animales !

Mais, c’est aussi découvrir le mystérieux, l’inconnu et, osons ces mots, le supposé dangereux. L’apprentissage de la nature, c’est l’apprentissage de l’altérité, de ce qui n’est pas soi, pour mieux le comprendre et donc mieux y consentir. A l’heure où toutes les études montrent une déconnexion croissante de nos enfants du monde réel qui les entoure, au profit du monde virtuel des écrans, les pédagogies au contact de la nature sont essentielles et doivent avoir le vent en poupe.

© www.enseignerdehors.ca

Encore faut-il que cette nature soit réelle, c’est-à-dire la plus spontanée et la moins jardinée possible. De ce point de vue, ne proposer à la découverte que des arbres jeunes et vigoureux, comme ce sera désormais le cas aux abords de cette crèche, c’est priver les enfants d’un pan entier de leurs apprentissages.

Abattre un arbre n’est jamais neutre, c’est un geste éminemment politique. Pas sûr que notre nouvelle Municipalité en soit consciente. Et merci aux riverains qui nous ont alertés et qui ont tenté de s’opposer à l’abattage. 

Où est passé le grand militant défenseur des arbres ? 

Enfin, il faut noter l’ironie de la chose. Un certain candidat à la mairie de Strasbourg se filmait à l’époque devant les travaux du terrain de promotion privé rue de Bussierre pour dire tout le mal qu’il pensait de l’ancienne maire de Strasbourg quand les paysagistes sont venus couper quelques arbres.  Mais où est donc passé ce grand défenseur des arbres aujourd’hui ? Nous aurions tant besoin de lui. Ne nous dites pas qu’il est adjoint à la Robertsau ? 

Un justicier des arbres à la Robertsau… mais où est-il maintenant ? Capture d’écran – Instagram

PS : cela nous rappelle également furieusement l’abattage des arbres du « petit bois » il y a 13 ans à l’entrée de la Robertsau route de la Wantzenau. (voir : https://www.robertsau.eu/petit-bois-on-ne-rase-pas-gratis/) 

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