Robertsau : Que sont tes auberges de naguère devenues ?

Robertsau : Que sont tes auberges de naguère devenues ?

Un adage prétend que “l’amour passe par l’estomac” : Sur ce point il n’y a aucun doute sur le sentiment que nous portons à notre quartier, car tous types de papilles, même les plus exigeantes, sont régalées, nous n’y comptons pas moins une trentaine de restaurants… Certains crient pourtant haut et fort que la Robertsau n’a pas de cœur !

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Yolande Baldeweck, ancienne journaliste de l’Alsace et toujours correspondant du Figaro, et Marie Hoffsess, journaliste et co-fondatrice du site Rue89 Strasbourg, ont dans le dernier Podcast #4 du blog , beaucoup évoqué le fait qu’il manquait à la Robertsau un lieu central, des espaces de convivialité, une vie de quartier…

Elles y débattent que la Robertsau a, un tantinet, un côté “cité dortoir” du fait du manque d’activités proposées, “les gens restent chez eux !”.  À l’exception de la médiathèque qui est un formidable lieu de sociabilité, …mais surtout pour les jeunes. Les adultes sont oubliés, pourtant les résidents aimeraient tant sortir, se retrouver autour d’un verre, aller au spectacle dans le quartier, voire plus si affinités…

Un cœur de quartier ? Il y a certes une tentative de centrabilité avec le marché, mais celle-ci n’opère que le samedi matin, (et très peu le jeudi matin), et la place du Corps de Garde ne sert désolément que de parking les autres jours de la semaine.

Le trio (nous avons oublié de mentionner Emmanuel Jacob animateur et fondateur du Blog de la Robertsau, animateur du podcast) a évoqué l’idée de la mise en place d’une salle culturelle, telle que le Brassin à Schiltigheim, leur “Foyer Saint Louis” -à eux- (ex “Foyer Saint Joseph”) ayant brillamment été rénové afin d’accueillir des spectacles professionnels (jeune public, concerts, théâtre, cabaret…). De notre côté il y aurait eu tant à faire avec un utopique aménagement de “notre” foyer Saint Louis en salle culturelle située idéalement à grande proximité d’une jolie place centrale !

Et nous manquons cruellement d’un tel lieu où pourraient être organisés spectacles, conférences, mais également être destiné à la location privée pour des évènements tels que banquets d’anniversaires ou fêtes de famille… Pour tout expliquer, les concerts donnés par l’Ensemble Volute ont lieu, par défaut, dans une salle du Centre socio-culturel l’Escale qui n’est certes pas phoniquement adaptée, ou à l’église protestante de la Robertsau.

Nous voulons des bars, des guinguettes, des brasseries, des terrasses sympas et peuplées en été, des espaces de convivialité, une salle de spectacle…

Yolande Baldeweck nous a fait part d’un rêve qu’elle a eu éveillée, celui de délocaliser “Le bureau de La Poste” afin de réaliser un réel aménagement d’un endroit de sociabilisation central dans notre village.

Autrefois, il y avait un nombre incalculable de guinguettes à la Robertsau devenues pour certaines des lieux de restauration, d’autres disparues et remplacées par… (…des habitations., des commerces…).

Le débat qu’a animé notre podcasteur sur ce sujet nous a donné l’envie d’évoquer les auberges d’autrefois, quelques-uns de nos lecteurs s’en souviendront peut être encore car pour certaines leur disparition n’est pas si ancienne…

Une éclosion de lieux accueillants

Jadis les citadins (aristocratie et bourgeoisie de Strasbourg) manquant d’espaces verts, aimaient se promener hors des limites de la ville rendues étroites par les fortifications de Vauban. Ces promenades (Contades, Le Nôtre, Orangerie…) furent agrémentées rapidement d’auberges, de guinguettes, et même de salles de danse, fréquentées par les citadins mais également les militaires de la Garnison de Strasbourg.

Nous avons retrouvé des éléments dans l’excellent ouvrage de Robert Pfister “Métamorphose d’un village” paru aux Editions de la Tour Blanche en 1984, inspiré lui-même par la “Chronique historique de la Robertsau” d’Arthur Beyler qui s’appuie irréfutablement sur des Archives Municipales.

Nous y trouvons ainsi mentionnés (dans l’ordre en venant de la ville) dans une première génération d’établissements à partir du XVIIIème siècle :

  •  Le “Baeckehiesel” qui cumulait boulangerie (d’où son nom) et aubergiste, situé face à l’entrée du parc de l’Orangerie. (En savoir plus)
  • Le “Tilleul” situé à droite avant le Pont du Canal, cité dès 1730 et disparu en 1961
  • L’auberge de la “Couronne d’Or”, située après le pont à gauche, citée en 1652, disparu en 1840, abritant ensuite l’institut des sourds et muets fondé par Jacoutot, les pères oblats puis annexé au conseil de l’Europe.
  • Le “Lion d’or” (aujourd’hui “Henner Frères Chocolaterie”, dans les anciens locaux du très réputé et connu des ainés  “Variations Décors” au 55 Rue Boecklin) cité pour la première fois en1729, le tenancier était (comme souvent dans les campagnes alsaciennes de l’époque) à la fois boucher et aubergiste.
  • Face au précédent la “Charrue” enseigne également disparue aujourd’hui
  • Le “Cygne” toujours en activité au 79 route de la Wantzenau, auberge citée dès 1662 exploitée par les familles “Schwing” et “Fuchs” comptant parmi les plus anciennes de notre faubourg
© Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche
  • L’“Aigle d’or” cité en 1711 était situé sur la gauche en arrivant à la clinique Ste Anne, disparu depuis peu, il abrite actuellement le salon de coiffure l'”hair en tête” à côté de la boulangerie Lionel Roth.
© Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche

Puis arriva une deuxième génération d’établissements (fin XVIIIème siècle à 1870), ressemblant plus à des auberges de quartier, lieux de réunion des habitants d’un faubourg en développement et en pleine expansion démographique.

  • Le “Jardin Christian” (S’Christians Garten”), était situé rue Boecklin entre l’actuel relais Tram et l’auberge actuelle “Bon Pasteur”
  • “Biem Rothe Güschtaav” à  l’emplacement de l’ancienne et fermée “Ecluse du Rhin” était une auberge réputée tenue par la famille “Roth”
  • “Au Cerf” à l’angle de la rue Boecklin et de la rue Schott
  • “Le Coq Blanc” (D’r wisse Haahne), dont la “Gaartewirtschaft” (terrasse) subsiste encore avec quelques marronniers d’époque
  • “La Vignette” 29 rue Mélanie, située sur la dénommée naguère “D’r Ploon” (place du Plan)
  • “Le Rocher du Sapin”, dans la rue St Fiacre, devenu actuellement Le Saint Fiacre-Chez Mélanie 
  • “Le Joyeux Marinier”, autrefois au croisement du quai Jacoutot et du chemin Goeb, nommé également “A la belle vue” a fermé ses portes fin du mois de juillet 2000 et fut démoli fin 2005 (En savoir plus)

La troisième génération est apparue dans les dernières années avant la guerre de 1914-18. Il y avait une cinquantaine d’auberges à cette époque à la Robertsau, et les habitants les désignaient surtout par le patronyme de leur tenancier :

  • “L’Auberge Arnold” rue Mélanie, qui servait pendant de nombreuses décennies de salle de réunion pour les manifestations, bals, fêtes de toutes les associations de la Robertsau. A sa place s’élève aujourd’hui un immeuble d’habitation.
  • “L’agneau” en plein centre du Faubourg, rue Boecklin, où se réunissaient artisans, commerçants, maraîchers, instituteurs, fonctionnaires et autres bourgeois de l’époque pour boire un verre entre amis ou jouer aux cartes. Le “Laemmel” a tourné sa page également aujourd’hui.
  •  Rue Boecklin : “Le bon Pasteur” “Le Tonnelet rouge” (S’Faessel), “La Ville de Paris”, “La Charrue”, “Le Tivoli” “S’Tiefe Graab”
Le Restaurant “A la Ville de Paris” rue Boecklin héberge la CIC au N° 42 – © Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche
  • Rue Jeanne d’Arc : “Restaurant Deichler”
  • Rue du Chevalier Robert : “Les Trois Fleurs” devenu aujourd’hui le “Violon d’Ingres” (En savoir plus)
  • Rue Mélanie : “Le Coq Blanc”, “La Vignette”, “La Maison Rouge”, “Les Trois Epis”, “Restaurant Wurtz-Arnold – La Forêt Verte”
  • Rue des Maraîchers : “Restaurant Wangmuller”
  • Rue du Docteur François : “Le Bouquet Alsacien”
  • Rue Kempf : “Le Cheval Blanc”
  • Route de la Wantzenau : “Restaurant Groll”, “Le Joyeux Pêcheur”, “Le Cygne”, “Le Soleil d’Or”, “Le soleil”, “Restaurant Thomas – D’r Klein Wirtschaft”, “Restaurant Zillhardt – L’Etoile d’Or”, “La Roue d’Or”, “Le Mullerhof”, “l’Illbourg”, “Le Fuchs am Buckel” (En savoir plus), “Le Château de la Forêt”…
© Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche
Restaurant Meyer “à la Redoute”, carte postale début 1900 – © Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche
“Zum Bluemehafe” Restaurant “Au pot de Fleurs”, rue Schott – © Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche.
  • Rue Du Commandant Reibel : “Restaurant Kayser – A la Couronne”
  • Rue Saint Fiacre “Restaurant Moser”, “Le Rocher du Sapin”
  • Rue des Jardiniers : “Restaurant Zum Dornröschen” (“La Belle au bois dormant”) (En savoir plus),“Le Pêcheur”
Restaurant “Zum Dornröschen” autrefois Putzengasse (Rue des Jardiniers) – © Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche.
  • Rue de l’Ill : “Restaurant Bangratz”
  • Rue de l’Angle : “Restaurant Baldenweck”
  • Rue des Chasseurs : “Zum kalten Jäger”
  • Quai Jacoutot : “Le Joyeux Marinier”, “L’Ecluse du Rhin”
“L’Ecluse du Rhin” Quai Jacoutot- © Métamorphose d’un village – Robert Pfister “Métamorphose d’un village” Editions de la Tour Blanche.

Bon nombre de ces enseignes ont actuellement disparu, et Robert Pfister (en 1984) nous indique :

Cette contraction numérique et cette reconversion [la majorité des auberges se sont transformées en restaurants], est bien sûr le reflet de la mutation sociologique du faubourg, par l’arrivée massive d’habitants entièrement étrangers à celui-ci, et dont les besoins et les aspirations sont différentes des faubouriens d’origine, alors que ceux-ci, surtout les plus jeunes, ont également changé de mode de vie. Jusqu’où ira cette mutation, dont l’ampleur et l’orientation dépendent dans une large mesure de l’urbanisation projetée dans l’avenir par le plan d’occupation des sols. Dans le cadre et les limites de celui-ci, quelle sera la place et l’importance relative de la population autochtone et partant, celle de nos auberges de quartier ?

Espérons qu’elles sauront, en s’adaptant, en gardant au terme “auberge” son sens le plus large, non seulement se maintenir, mais aussi maintenir dans ce domaine, le caractère villageois de la Robertsau…

Ses mots étaient bien précurseurs de notre débat d’aujourd’hui…

Les candidats aux prochaines élections municipales sauront-ils faire des propositions dans cette direction, afin que notre quartier retrouve son côté village ?

Certains candidats font déjà des propositions bien alléchantes en ce sens, d’autres dévoileront leur programme ces prochains jours (puisse cet article les inspirer !).

La création d’un “cœur de quartier” est-elle réellement possible ou n’est-elle que pure utopie voire démagogie en cette période de campagne municipale ?

L’avenir nous le dira…! Nous ne manquerons pas, au cas échéant, de leur poser la question !

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Quelques articles traitant de l'”histoire” de la Robertsau sont ici 

Le podcast que nous avons évoqué en début d’article est ici :

Podcast #4 – Club de la presse de la Robertsau

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