[Tribune] L’avenir énergétique de notre territoire, enjeu démocratique majeur

[Tribune] L’avenir énergétique de notre territoire, enjeu démocratique majeur

Dans le débat sur la géothermie profonde voici la prise de position de Danielle Dambach présidente déléguée de l’Eurométropole et Marc Hoffsess Adjoint à la Maire en charge de la transformation écologique du territoire.

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Depuis le 28 octobre, plusieurs micro-séismes ont été ressentis par les habitant.es des communes du nord de l’agglomération strasbourgeoise, jusqu’à Hoerdt. Ces événements, liés à des tests sur le site de géothermie de Vendenheim, suscitent l’inquiétude légitime des citoyen.nes et des élu.es. Ils questionnent gravement l’acceptabilité d’une ressource énergétique majeure pour l’avenir de notre territoire, qui ne saurait se concevoir sans ou contre ses habitant.es. Aujourd’hui, toutes les opérations sur site sont arrêtées, dans l’attente de l’analyse scientifique des données captées lors de ces incidents.

A la suite de Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, et de nos collègues maires des communes touchées, nous appelons instamment l’entreprise Fonroche, opératrice du projet géothermal de Vendenheim, et l’Etat, garant du respect des prescriptions réglementaires encadrant ce projet, à modifier fondamentalement leur façon d’associer les élu.es et les habitant.es à la conduite opérationnelle de ce projet. Il ne s’agit plus seulement de se contenter d’une communication confuse, peu accessible car trop technique, menée a posteriori des opérations et de leurs conséquences. Il s’agit d’associer les élu.es et les habitant.es aux choix avant qu’ils soient mis en œuvre, en toute transparence de leurs justifications, leurs objectifs et leurs effets prévisibles.

Pour éclairer nos concitoyen.nes sur ce qui s’est passé depuis le 28 octobre, nous organiserons, prochainement, une réunion publique numérique, en présence de l’opérateur et des services de l’Etat, pour que chacun.e puisse leur poser directement les questions légitimes que ces incidents soulèvent.

Notre vigilance est donc constante et grande sur ce projet, mobilisant une technologie qui, sur notre fossé rhénan, a montré à la fois ses avantages (pétrole, thermalisme, géothermie) et ses risques. Nous sommes attentifs aux avis des experts scientifiques, que Mme la Préfète a mobilisés nationalement pour accompagner ces projets. Ces avis seront déterminants pour la suite de ces projets. Notamment, la remise à plat des protocoles de tests est impérative pour réduire le risque sismique à ses niveaux les plus faibles, sous les seuils de perception humaine.

Nous le répétons, la transition énergétique de notre territoire ne réussira que si elle est démocratique, acceptée par nos concitoyen.nes et menée en toute conscience de ses enjeux.

L’ambition de notre schéma directeur des énergies (SDE), adopté à l’unanimité de nos assemblées en 2019, est claire : pour limiter drastiquement les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, il s’agit de couvrir nos consommations énergétiques par 100 % d’énergies renouvelables en 2050, c’est-à-dire dans 30 ans. Nous soulignons la place importante qui y est faite à la géothermie profonde : la chaleur qui en serait issue devrait couvrir, en 2050, 40 % des besoins en chauffage de nos concitoyen.nes. Ainsi, le site de Vendenheim alimenterait le nouveau réseau de chaleur des communes nord, stabilisant, dans la durée, l’alimentation et le coût du chauffage pour leurs habitant.es.

L’abandon de la géothermie profonde aurait un impact considérable et remettrait profondément en cause cet objectif de 100% renouvelables. Il impliquerait que nous trouvions ailleurs cette ressource, à travers la production de biogaz, largement plus émetteur de CO2, en quintuplant la production projetée au SDE, soit 22 méthaniseurs industriels ; ou à travers la biomasse, soit 12 chaufferies telles que celles du Wacken alimentées par plus de 123 000 tonnes de bois par an; ou à travers la chaleur dite de récupération (chaleur industrielle fatale), soit l’équivalent de deux Badische Stahlwerke ; etc.

Le RENASS, réseau national de surveillance de la sismicité, détecte une activité sismique quasi-journalière sous nos pieds. Nous savons désormais d’expérience, hélas, que certaines étapes d’un projet de géothermie profonde intensifient cette activité sismique, mais pas toute l’activité géothermale (cf. les sites de Rittershoffen et de Kutzenhausen, dont la sismicité est maîtrisée depuis leurs stabilisation). Faut-il, dès lors, condamner inéluctablement cette ressource énergétique potentielle ?

Les ordres de grandeur sont vertigineux et il nous parait urgent de les partager avec le plus grand nombre de nos concitoyen.nes, afin que nous puissions mener le débat autour des énergies de notre futur sur les meilleures bases. Et ce, d’autant plus que le premier objectif de notre SDE, avant celui des 100 % d’ENR en 2050, est la division par 2 de nos consommations. Sans atteindre celui-ci, nous n’atteindrons pas celui-là ! Si nos consommations ne baissent pas, nous aurons besoin de toutes les énergies, fossiles, nucléaires et renouvelables, y compris la géothermie profonde.

Danielle Dambach
Présidente déléguée de l’Eurométropole

Marc Hoffsess
Adjoint à la Maire en charge de la transformation écologique du territoire
Conseiller eurométropolitain délégué en charge de la transition énergétique

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