Géothermie profonde au conseil municipal, le maire tourne autour du pot

Géothermie profonde au conseil municipal, le maire tourne autour du pot

C’était le 20 avril dernier. À l’issue du conseil municipal de Strasbourg, Thierry Roos interpelait le maire de Strasbourg pour connaitre la position de la Ville sur le projet de géothermie profonde à la Robertsau. Entre les déclarations des uns et des autres, difficile de s’y retrouver. Alors, la géothermie profonde, elle se fait ou…

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C’était le 20 avril dernier. À l’issue du conseil municipal de Strasbourg, Thierry Roos interpelait le maire de Strasbourg pour connaitre la position de la Ville sur le projet de géothermie profonde à la Robertsau.

ThierryRoos
Thierry Roos le 20 janvier 2015 au conseil municipal de Strasbourg

Entre les déclarations des uns et des autres, difficile de s’y retrouver. Alors, la géothermie profonde, elle se fait ou elle ne se fait pas à la Robertsau ?

C’est en gros la question – simple – qu’à posée Thierry Ross, conseiller municipal de Strasbourg. En interpelant le maire à la fin de la séance, il souhaitait avoir la position de la ville. Car d’un côté on a le tandem Jund-Trautmann qui est favorable à la géothermie profonde, et de l’autre Alain Fontanel, 1er adjoint et Christelle Koehler, adjointe à la ville nature qui se sont exprimés contre pendant la campagne des départementales. Et surtout une enquête publique en cours et un opérateur, Fonroche, qui ne manquent pas de rappeler que c’est la préfecture qui décide à la fin de l’enquête publique et non la ville.

Aux réponses obtenues, on sent bien le malaise de la ville. Car le Maire n’affiche pas une position aussi claire que son premier adjoint. Grosso modo il tourne autour du pot, en disant “la géothermie ok mais pas tout de suite”.

Plus étonnante est la position de Catherine Trautmann qui, une dans une intervention très (très très très) longue, ne dit absolument rien. La présidente du Port Autonome de Strasbourg n’a visiblement de comptes à rendre à personne et peut prendre la décision de louer un terrain pour réaliser de la géothermie profonde sans que les Strasbourgeois soient consultés.  Notons une petite perle : “c’est parce qu’il y a un PPRT que nous pouvons louer un terrain”…

Alain Jund fait du Alain Jund et sa réponse est fidèle à ses opinions. On lui donnera le mérite d’une certaine constance car c’est celui qui défend mordicus la géothermie profonde à Strasbourg, y compris à la Robertsau. Nous y reviendrons dans un prochain article, car nous avons réussi à l’interviewer. Vous pourrez lire ci-dessous sa réponse. Mais le point plus que fragile de son argumentation, c’est sur la volonté de la ville de ne pas porter le débat vers les citoyens.

La commune d’Oberhausbergen a, par exemple, décidé de diffuser un tract pour inviter les habitants à s’exprimer pendant l’enquête publique. Une initiative que l’on aurait aimé prise par la ville de Strasbourg (vous savez, celle qui organise le forum mondial de la démocratie)…

Ci-dessous quelques extraits de l’interpellation de Thierry Roos et des réponses de la municipalité. Nous avons choisi délibérément d’accélérer Catherine Trautmann tant sa réponse est ennuyeuse et longue. Les courageux pourront la voir en intégralité sur le site de la Ville de Strasbourg.


Conseil Municipal du 20 avril 2015 – Géothermie… par blogrobertsau

L’interpellation de Thierry Roos :

“Le 13 octobre 2014, je vous interpelais dans cette enceinte du Conseil Municipal au sujet du projet de forage géothermique au Port aux Pétroles dans le quartier de la Robertsau. Mon intervention avait pour but de demander des garanties concernant le caractère transparent de ce dossier et de souligner la nécessité d’informer régulièrement les habitants sur son état d’avancement et des risques encourus.

Une demande simple et légitime qui attendait une réponse de la même nature. Au lieu de ça, vos adjoints et d’autres membres du Conseil municipal ont cherché à me discréditer en évoquant, je cite : ma mauvaise foi, mes fantasmes et mes approximations, le tableau apocalyptique de la situation que je dressais, ou encore le message très anxiogène que je portais.

Où en sommes-nous un peu plus de 6 mois plus tard ? L’enquête publique vient de démarrer, comme cela a toujours été prévu dès le départ car il s’agit bien là d’une compétence de l’État et non de la Ville ou de l’Eurométropole. Aucune surprise donc en ce qui me concerne. Ce n’est malheureusement pas le cas pour de nombreux habitants de la Robertsau. Ils découvrent aujourd’hui avec étonnement que, bien loin d’être remis en cause comme vous l’aviez annoncé lors de la campagne des élections départementales, ce forage est toujours d’actualité.

Ces déclarations pour le moins orientées ont, en effet, créé le sentiment d’une décision totalement maitrisée par la Ville de Strasbourg alors que nous savions tous qu’il n’en est rien. La promesse d’un avis négatif de la part de la Ville à l’enquête publique s’est d’ailleurs transformée depuis en « question de l’avis que l’on donnera » selon les propres termes d’Alain Jund. Vous voudrez bien, Monsieur le Maire, clarifier sans plus tarder cette situation en nous indiquant la position officielle de notre collectivité.

Enfin, si la décision finale appartient bien à l’État, il ne saurait être question pour Strasbourg de se contenter d’un simple avis, reléguant notre Ville au statut de spectateur de son propre destin. Plutôt que de subir, la Ville doit se donner les moyens d’arrêter ce projet.

D’autant plus que l’État, par la voix de la Ministre de l’Écologie, semble déjà s’être fait une religion de la géothermie en encouragent fortement son développement. Strasbourg prendra-t-elle le risque d’être mise devant le fait accompli ? De plus, annoncer que la Ville n’achètera pas d’énergie à Fonroche en cas de réalisation du forage ne produit manifestement pas l’effet espéré, bien au contraire. Il serait quand même incohérent et ubuesque d’installer une centrale géothermique à risque à la Robertsau pour revendre ensuite l’électricité à nos amis de Kehl comme le laisse entendre Fondroche.

Monsieur le Maire, quelles mesures comptez-vous désormais prendre pour honorer les engagements de votre exécutif concernant ce projet, à savoir l’abandon d’un forage géothermique au Port aux pétroles ? Ce même Port, autonome de par son statut mais présidé par Madame Catherine Trautmann, Vice-présidente de l’Eurométropole, ne dispose-t-il vraiment d’aucun moyen d’action en tant que propriétaire des terrains ?

Et en y réfléchissant bien, ne serait-il pas temps d’éloigner définitivement tout danger Seveso de notre agglomération ? Car, bien loin du syndrome NIMBY, les revendications des habitants de la Robertsau sont au contraire destinées à ne pas laisser s’installer un risque permanent pour plusieurs dizaines d’années pendant que d’autres en tireront les entiers bénéfices.

Dans son ouvrage paru en 2007,  « Le pire des mondes possibles », le sociologue américain Mike Davis nous invite à repenser le mode de construction de nos villes modernes. Nous devons aujourd’hui plus que jamais y être attentifs.

Je vous remercie des réponses que vous pourrez m’apporter.”

La réponse d’Alain Jund

Monsieur le conseiller,

La transition énergétique (et donc les énergies renouvelables et la géothermie) sont aujourd’hui, plus que jamais, au cœur de l’actualité :

· La loi sur la transition énergétique est actuellement en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale et sera finalisée dans quelques semaines. Cette loi ouvrira des perspectives évidentes pour des avancées concrètes en matière d’énergie.

· Strasbourg et son agglomération ont été retenues, il y a quelques semaines, par le Ministère de l’Écologie et du Développement Durable comme « Territoire à Énergie Positive ». Et c’est avec ce défi (qui s’accompagne d’une aide spécifique de l’État de 2 millions d’euros) que nous articulons notre politique autour de 3 enjeux : la sobriété énergétique (comment consommer moins), l’efficacité énergétique (comment rénover nos logements et nos équipements) et enfin les énergies renouvelables.

Pour Strasbourg, le développement des énergies renouvelables est à la fois une priorité nécessaire au regard de nos engagements du Plan Climat Territorial mais également en réponse locale aux enjeux du sommet du Climat à Paris en décembre 2015, mais c’est également le fruit d’une volonté affirmée de diminuer fortement notre dépendance aux énergies fossiles.

Les énergies fossiles dont nous savons qu’elles seront de plus en plus rares et de plus en plus chères. Mais s’agissant du pétrole, du gaz et du charbon, elles sont une des causes majeures des gaz à effet de serre, des dérèglements climatiques et de la mauvaise qualité de l’air et donc de la pollution atmosphérique à Strasbourg… comme ailleurs.

Les énergies renouvelables, et donc la géothermie mais également le solaire thermique et photovoltaïque, la biomasse, la méthanisation et l’hydraulique constituent une priorité dans notre « mix énergétique ».

Avec un objectif, en 2020, de 30 % de notre production en renouvelable il nous faut devenir, à terme, un territoire à énergie positive.

Voilà notre « cap politique » en matière d’énergie réaffirmé ; il me paraissait indispensable de rappeler ces orientations autour du triptyque : sobriété énergétique, efficacité énergétique et énergies renouvelables.

Venons en plus précisément à la géothermie.

C’est au nom du Maire de Strasbourg que j’avais pris, ici même le 13 octobre dernier, 3 engagements sur ce dossier : le débat public, la transparence et le principe de précaution.

Le débat public d’abord. Depuis l’automne dernier, nous avons encouragé, animé et suscité le débat public sur ce sujet complexe, anxiogène et controversé. Tantôt avec beaucoup de passion, souvent avec sérénité mais toujours avec rigueur, ce débat public a permis de lever des interrogations légitimes sur la situation à Lochwiller, sur la radio-activité, sur la fracturation hydraulique, sur la nappe phréatique et bien d’autres questionnements de nos concitoyens mais également des associations et des élus.

C’est ensuite l’engagement de la transparence. L’interpellation de l’État sur ses obligations pour le suivi des opérations, les confrontations « franches » et parfois chahutées avec les opérateurs pressentis (que ce soit ES ou Fonroche), le point de vue des scientifiques s’agissant de l’EOST mais également du BRGM, le point de vue des élus de Soultz-sous-Forêts ou de Rittershoffen sans oublier les échanges fructueux au cours du forum du SPPPI. Je ne sais pas si nous avons levé toutes les sources d’opacité liées à la géothermie profonde, ni si nous avons réussi la glasnost sur ce sujet, en tout état de cause l’avancée a été importante.

Enfin, l’engagement du principe de précaution.

Et c’est en vertu de ce principe de précaution que la Ville de Strasbourg donnera un avis, en temps opportun, sur le projet du Port aux Pétroles.

Cet avis tiendra compte de deux éléments :

· Le PPRT (Plan de Prévention des Risques Technologiques) fait de ce site un endroit contraint qui pose des questions particulières notamment au regard de l’acceptabilité par les populations.

· Ensuite, parce que nous pensons que la géothermie constitue un des leviers de la transition énergétique. Et dans cette perspective, commencer sur le site du Port aux Pétroles pourrait mettre à mal cette filière énergétique d’avenir. Rappelons à ce titre que l’Ile de France développe à ce jour 36 sites de géothermie profonde alimentant près de 200.000 logements dans la région.

Les enquêtes publiques pour les projets de géothermie profonde de la Roberstau, d’Illkirch-Graffenstaden, d’Eckbolsheim et de Mittelhausbergen se sont ouvertes le 15 avril dernier à l’initiative et sous la conduite de l’État. S’agissant du droit minier, c’est l’État qui a la main, qui donne ou non les autorisations d’exploitation.

À l’issue de cette enquête publique, nous prendrons nos responsabilité, mais que d’ici à cette date les débats de l’enquête publique soient féconds, fructueux, sereins et éclairants pour nos concitoyens, pour les élus que nous sommes mais également pour tous ceux et celles qui se préoccupent de la transition énergétique et de la place des énergies renouvelables sur notre territoire.

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